Dans cette sortie de Cathy Yogo qui est par ailleurs journaliste, il est clair et évident qu’en dehors du football, la nourriture et les riches mets que comptent le Cameroun sont aussi des facteurs d’union et de rassemblement unitaire.
On devrait se réjouir de voir le taro qu’on attribue souvent à mes frères bam’s faire aujourd’hui la tournée des tables camerounaises. 𝐂’𝐞𝐬𝐭 𝐮𝐧𝐞 𝐯𝐫𝐚𝐢𝐞 𝐩𝐫𝐞𝐮𝐯𝐞 𝐝𝐮 𝐯𝐢𝐯𝐫𝐞-𝐞𝐧𝐬𝐞𝐦𝐛𝐥𝐞 𝐜𝐮𝐥𝐢𝐧𝐚𝐢𝐫𝐞. Ça signifie qu’il rassemble.
Dans un pays où les espaces de rencontre deviennent rares, voir des personnes se retrouver autour des “dimanches taro”, va bien au-delà de la nourriture. 𝐎𝐧 𝐝𝐢𝐬𝐜𝐮𝐭𝐞, 𝐨𝐧 𝐩𝐚𝐫𝐭𝐚𝐠𝐞, 𝐨𝐧 𝐬𝐞 𝐫𝐞𝐭𝐫𝐨𝐮𝐯𝐞, 𝐨𝐧 𝐜𝐫𝐞́𝐞 𝐝𝐮 𝐥𝐢𝐞𝐧.
La cuisine devient alors un véritable espace de cohésion sociale. C’est pour cela qu’il est absurde d’enfermer les plats camerounais dans des régions ou des appartenances communautaires. Ce serait comme dire aux Bamiléké : “restez chez vous à l’Ouest”, ou aux Bassa : “restez à Makak ou à Dizangué”.
𝐋𝐞 𝐂𝐚𝐦𝐞𝐫𝐨𝐮𝐧 𝐚𝐩𝐩𝐚𝐫𝐭𝐢𝐞𝐧𝐭 𝐚̀ 𝐭𝐨𝐮𝐬 𝐥𝐞𝐬 𝐂𝐚𝐦𝐞𝐫𝐨𝐮𝐧𝐚𝐢𝐬, 𝐞𝐭 𝐬𝐚 𝐜𝐮𝐢𝐬𝐢𝐧𝐞 𝐚𝐮𝐬𝐬𝐢. On doit manger le qu’on veut, où l’on veut, comme on le veut. 𝐂’𝐞𝐬𝐭 𝐮𝐧𝐞 𝐥𝐢𝐛𝐞𝐫𝐭𝐞́.
𝐈𝐥 𝐟𝐚𝐮𝐭 𝐚𝐫𝐫𝐞̂𝐭𝐞𝐫 𝐥𝐞 𝐭𝐫𝐢𝐛𝐚𝐥𝐢𝐬𝐦𝐞 𝐜𝐮𝐥𝐢𝐧𝐚𝐢𝐫𝐞. Comme le disait Claude Lévi-Strauss 𝐋𝐞𝐬 𝐜𝐮𝐥𝐭𝐮𝐫𝐞𝐬 𝐞́𝐯𝐨𝐥𝐮𝐞𝐧𝐭 𝐩𝐚𝐫 𝐞́𝐜𝐡𝐚𝐧𝐠𝐞.” Le vrai défi aujourd’hui est ailleurs : faire connaître tous les autres plats Nsoungui, Ndjango, Mbol, kepen… et faire rayonner la cuisine camerounaise. Regardez comment le Thieboudienne au Sénégal ou le Boeuf bourguignon en France sont devenus des références internationales. 𝐂𝐞𝐬 𝐩𝐚𝐲𝐬 𝐨𝐧𝐭 𝐜𝐨𝐦𝐩𝐫𝐢𝐬 : 𝐢𝐥 𝐟𝐚𝐮𝐭 𝐯𝐚𝐥𝐨𝐫𝐢𝐬𝐞𝐫, 𝐞𝐱𝐩𝐨𝐫𝐭𝐞𝐫 𝐞𝐭 𝐚𝐬𝐬𝐮𝐦𝐞𝐫 𝐬𝐚 𝐜𝐮𝐢𝐬𝐢𝐧𝐞.
Aujourd’hui, certains Camerounais seront fiers de dire qu’ils mangent du boeuf bourguignon, de la sole meunière ou qu’ils boivent du Petrus. Pourtant ils auront honte de parler de leur vin de palme, qui est pourtant un produit naturel et authentique.
𝐋𝐚 𝐜𝐮𝐢𝐬𝐢𝐧𝐞 𝐧𝐞 𝐝𝐨𝐢𝐭 𝐩𝐚𝐬 𝐝𝐢𝐯𝐢𝐬𝐞𝐫. 𝐄𝐥𝐥𝐞 𝐝𝐨𝐢𝐭 𝐫𝐚𝐬𝐬𝐞𝐦𝐛𝐥𝐞𝐫. Surtout dans un moment où le Cameroun traverse de profondes divisions communautaires, linguistiques et villageoises.
𝐋’𝐮𝐧𝐢𝐨𝐧 𝐟𝐚𝐢𝐭 𝐥𝐚 𝐟𝐨𝐫𝐜𝐞.
Si le football a réussi à unir les Camerounais, alors la cuisine peut aussi devenir un puissant symbole de rassemblement et de valorisation nationale.
Personnellement, j’aimerais un jour entrer dans un grand restaurant comme le Mirazur à Monaco ou chez Courtanceau à la Rochelle et voir du mbongo bien noir ou du taro sauce jaune au menu.
𝐂𝐞 𝐣𝐨𝐮𝐫-𝐥𝐚̀, 𝐧𝐨𝐮𝐬 𝐚𝐮𝐫𝐨𝐧𝐬 𝐜𝐨𝐦𝐩𝐫𝐢𝐬 𝐪𝐮𝐞 𝐧𝐨𝐭𝐫𝐞 𝐜𝐮𝐢𝐬𝐢𝐧𝐞 𝐦𝐞́𝐫𝐢𝐭𝐞 𝐞𝐥𝐥𝐞 𝐚𝐮𝐬𝐬𝐢 𝐬𝐚 𝐩𝐥𝐚𝐜𝐞 𝐝𝐚𝐧𝐬 𝐥𝐞 𝐦𝐨𝐧𝐝𝐞.
« La diversité des communautés ethniques n’est pas une menace »
L’observateur de l’espace public camerounais Oscar Djiki estime dans cette tribune que le Cameroun et les Camerounais n’ont aucun souci à vivre ensemble mais le vrai problème





