Pour son premier grand virage stratégique, la Société camerounaise d’électricité (SOCADEL) frappe fort. Lors du conseil d’administration présidé par Antoine Ntsimi, un budget colossal de 630 milliards FCFA a été adopté pour 2026. L’objectif est clair : assainir les finances, restructurer la dette et, surtout, mettre fin à la lancinante crise des délestages qui empoisonne le quotidien des ménages camerounais.
Le défi est immense et les chiffres le confirment. Sur cette enveloppe globale, 375 milliards FCFA sont sanctuarisés pour les achats d’énergie, le transport et les combustibles, tandis que 74,6 milliards FCFA sont injectés directement dans l’investissement. La SOCADEL entend ainsi marquer une rupture avec les années de gestion passées, en engageant une réforme structurelle profonde de sa gouvernance et en cherchant activement de nouveaux financements auprès des bailleurs de fonds.
La priorité affichée par le nouveau management est géographique : un accent particulier est mis sur l’approvisionnement du Grand Nord et le déploiement d’un plan d’urgence pour l’Est, où la ville de Bertoua subit de plein fouet des déficits chroniques de puissance.
Des nominations stratégiques pour une transformation sous surveillance
Pour piloter ce plan de redressement, le conseil a acté plusieurs nominations intérimaires à des postes clés. Mais au-delà des organigrammes, c’est la capacité de l’entreprise à restaurer la confiance des usagers qui sera le véritable juge de paix.
Depuis son entrée en scène, la SOCADEL est sous le feu des critiques. De nombreux citoyens, exaspérés par la récurrence des coupures d’électricité, estiment que la situation s’est dégradée comparativement à l’ère Eneo. Cette perception populaire, teintée de scepticisme, transforme chaque annonce budgétaire en une promesse de résultat immédiat. Les Camerounais, lassés des théories, attendent désormais que cette manne financière se traduise concrètement par une stabilité du réseau.
Le test de la réalité
Si les intentions de la SOCADEL sont louables sur le papier, la rigueur de leur mise en œuvre déterminera le succès de cette transition. L’entreprise joue gros : sa crédibilité auprès des partenaires financiers dépend autant de sa santé financière que de sa capacité à assurer la continuité du service public.
Le cap est fixé. Cependant, entre les équilibres budgétaires complexes et la réalité électrique du terrain, le fossé reste large. La SOCADEL dispose désormais d’un budget massif, mais elle est surtout engagée dans une course contre la montre pour prouver, avant tout au peuple camerounais, que l’éclairage ne sera plus un luxe, mais une réalité quotidienne.




