Martinez Zogo : Ce que le téléphone de l’animateur révèle enfin

Le procès de l’assassinat de l’animateur radio Martinez Zogo a pris un tournant inattendu cette semaine. Devant le Tribunal militaire de Yaoundé, l’audition de l’expert en cybercriminalité Jean-Marie Ouloumou a révélé des échanges denses entre la victime et de hautes personnalités de la présidence de la République, plongeant l’audience dans un climat de vive tension et ravivant les débats sur les enjeux politiques sous-jacents.

Le procès, qui s’est tenu les 22 et 23 juin 2026, a été marqué par une bataille procédurale intense. D’emblée, le commissaire du gouvernement a exhorté les parties au professionnalisme, mettant en garde contre l’impact de la médiatisation sur la sérénité des débats. Dans la foulée, le tribunal a rejeté la demande d’expertise complémentaire formulée par la partie civile, jugée « tardive et inopportune ».

Des révélations sur les réseaux d’influence

Le cœur des débats a porté sur le rapport de Jean-Marie Ouloumou. L’expert a dévoilé, preuves à l’appui, que Martinez Zogo entretenait des relations assidues avec des figures centrales de l’État, notamment le ministre Secrétaire général de la présidence de la République (SGPR) et le directeur adjoint du Cabinet civil. Selon ces éléments, l’animateur transmettait régulièrement des informations compromettantes visant Jean-Pierre Amougou Belinga et d’autres personnalités influentes.

L’analyse des terminaux, bien que technique, a mis en lumière un écheveau complexe de communications. Si l’expert a affirmé n’avoir trouvé aucun lien direct entre les téléphones saisis au domicile de l’homme d’affaires Jean-Pierre Amougou Belinga — ou ceux de Maxime Eko Eko — et le crime, ses conclusions ont été accueillies avec scepticisme par la partie civile.

La crédibilité de l’expert au cœur du bras de fer

La méthodologie et la neutralité de M. Ouloumou ont été frontalement contestées par les avocats des ayants droit. Me Calvin Job et Me Claude Assira ont notamment dénoncé une expertise orientée, qualifiant certains aspects du rapport de « diversion » et pointant du doigt des insuffisances techniques manifestes. « Cet expert était en mission », a asséné Me Job, illustrant le fossé qui sépare désormais les parties au procès.

À l’inverse, la défense, menée notamment par Me Charles Tchoungang, voit dans ces révélations un élément déterminant pour la suite de l’affaire, insistant pour que le tribunal tire toutes les conséquences logiques de ces nouveaux pans de lumière sur la vie de la victime.

Après deux journées sous haute tension, les débats ont été suspendus. Le contre-interrogatoire de l’expert, déjà éprouvé par les questions incisives des conseils, se poursuivra les 13 et 14 juillet prochains, date à laquelle la défense entrera à son tour dans l’arène pour interroger M. Ouloumou.

Dans une affaire où les théories de « guerre de clans » et de règlements de comptes au sommet de l’État ne cessent de croître, le Tribunal militaire de Yaoundé se retrouve, plus que jamais, au centre des regards. La quête de la vérité judiciaire, loin d’être simplifiée par cette expertise, semble entrer dans une phase d’une complexité politique inédite.

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