Parti pour un séjour privé en Europe le 7 juin dernier, le président Paul Biya totalise plus de cinquante jours hors du pays. Entre inquiétudes de l’opposition, démentis officiels de la présidence et interrogations persistantes sur la gouvernance, cette absence prolonge les incertitudes politiques au sommet de l’État.
La question n’est plus seulement de savoir où se trouve le chef de l’État, mais jusqu’où cette absence prolongée peut peser sur la marche des institutions. Au Cameroun, la tension monte d’un cran et la presse nationale s’empare d’un dossier qui polarise l’opinion publique.
Dans ses colonnes, le journal Le Messager résume le sentiment général en une formule incisive : « 50 jours, c’est trop ! ». Durant cette période, l’activité officielle de la présidence s’est limitée à la signature de quelques décrets et à l’envoi de télégrammes. Une gestion à distance que dénoncent de nombreux acteurs politiques. Des figures de l’opposition, à l’instar du député Jean-Michel Nintcheu, montent au créneau pour réclamer l’intervention du Conseil constitutionnel afin de constater une vacance du pouvoir, pointant du doigt une paralysie de l’appareil étatique.
Face à ces pressions, le pouvoir en place rejette en bloc toute idée de vide institutionnel. Les autorités rappellent que le chef de l’État continue d’exercer ses prérogatives à distance et soulignent que la Constitution camerounaise ne fixe aucune limite de durée pour les séjours présidentiels à l’étranger. De surcroît, les services de la présidence balaient les rumeurs persistantes concernant une dégradation de l’état de santé de Paul Biya ou une récente hospitalisation en Suisse, affirmant qu’il se porte bien.
Pourtant, au-delà de la polémique sur la localisation exacte ou la santé du président de 93 ans, c’est l’avenir du pays qui se retrouve au cœur des crispations. Dans un système où les arbitrages majeurs dépendent entièrement du sommet, cette éclipse prolongée ravive de manière pressante les luttes de clans et la problématique incontournable de la succession.





