Dans une tribune incisive, l’analyste politique Charles Armel Mbatchou analyse les répercussions du retrait de Maurice Kamto de la tête du MRC. Constatant une subite panne du débat public, il interpelle une opposition et des influenceurs réduits au silence, tout en posant la lancinante question de l’alternance interne au sein des partis.
Il faut parfois couper le courant pour savoir quels appareils fonctionnaient réellement, et lesquels ne faisaient que produire des étincelles. C’est par cette métaphore percutante que l’analyste politique et ancien chroniqueur Charles Armel Mbatchou choisit d’aborder le séisme politique provoqué, le 8 septembre 2026, par le retrait de Maurice Kamto de la présidence du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC). Présenté par une partie de l’opinion comme l’unique obstacle à l’alternance, son passage au second plan révèle aujourd’hui une réalité troublante : le vide d’une opposition et d’un écosystème numérique qui semblaient vivre par procuration.
Pendant des années, le nom de Maurice Kamto a nourri les polémiques, les plateaux de télévision, les studios de radio et les directs frénétiques sur les réseaux sociaux. Ses adversaires en avaient fait leur carburant quotidien, l’accusant de tous les maux. Mais dès l’annonce de sa démission de la présidence — tout en demeurant simple militant —, le bruit médiatique est retombé. Une question s’impose dès lors avec acuité : si Kamto constituait le seul frein, pourquoi son retrait plonge-t-il ses contempteurs dans une panne sèche d’idées et de débats ?
Au-delà de cette parenthèse médiatique, l’interpellation touche un mal profond qui gangrène l’ensemble de l’échiquier politique camerounais : l’absence d’alternance interne. Comment exiger le changement au sommet de l’État quand on refuse obstinément de l’appliquer chez soi ? Les faits sont têtus. Du RDPC au pouvoir, dirigé par Paul Biya depuis 1985, jusqu’aux formations de l’opposition — à l’instar de l’UNDP de Bello Bouba Maïgari depuis 1992 ou du FSNC d’Issa Tchiroma Bakary depuis 2007 —, les directions des partis s’apparentent souvent à des charges viagères. Demander le départ des autres tout en s’accrochant à son propre siège trahit une conception frileuse de la démocratie.
Désormais, sans le paravent ou la cible Maurice Kamto, l’heure est à la vérité programmatique. Les citoyens attendent des projets de société clairs, des stratégies audacieuses et la préparation méthodique d’une relève générationnelle. Car si le retrait d’un seul homme suffit à éteindre la flamme du débat, c’est tout le circuit de l’opposition qu’il conviendra de réinspecter. Les stratèges de salon et les chapelles politiques devront bien un jour se regarder en face : le problème résidait peut-être moins dans les figures de proue que dans la vacuité du débat qu’elles alimentaient.




