Affaire Martinez Zogo : « Là où la dignité est piétinée, Dieu est offensé. »

L’universitaire Vincent Sosthène FOUDA revient sur cette affaire et notamment le jour de la publication de la vidéo de la mort du journaliste assassiné.

Or la DSE existe précisément pour éclairer ces zones grises : elle n’est pas un supplément d’âme, mais un instrument de discernement. Elle rappelle que la dignité humaine est le premier nom de Dieu dans la cité.

Dans l’affaire Martinez Zogo, cette dignité a été violée — un constat évident dès les premières heures de sa disparition, et devenu insoutenable à l’audience de mardi devant le tribunal militaire. Un corps mutilé, exposé, abandonné : ce n’est pas seulement un crime. C’est une négation théologique.

Mgr Jean Zoa, premier archevêque de Yaoundé et contributeur majeur de Gaudium et Spes, au Concile Vatican II aimait à nous dire :

« Là où la dignité est piétinée, Dieu est offensé. »

Le Cameroun, aujourd’hui, se tient devant cette offense et avec lui, nous, vous.

  1. Un pays où la sociologie convoque la théologie

La structuration sociologique du Cameroun oblige à convoquer la théologie. Là où l’État se fragmente, la morale devient le dernier rempart. Et dans un pays où l’ethnicisme, le tribalisme demeure une tentation permanente, la DSE rappelle que l’homme n’est pas d’abord fils d’un clan, mais fils de Dieu. Un fait dérangeant s’impose : le Colonel Justin Danwé, Modeste Mopa alors directeur général des Impôts et le maréchal des logis Godje Oumarou Vincent — trois acteurs centraux du dossier — sont Toupouri, issus d’une minorité chrétienne de l’Extrême‑Nord. Cet attelage n’est pas anodin. Il mérite d’être scruté, sondé, interrogé jusqu’à ce qu’il livre le vrai de lui-même.

Oui, la DSE est claire : l’ethnie ne peut jamais devenir un refuge contre la vérité.

  1. Le bien commun, architecture morale de l’État

Le bien commun n’est pas un slogan : il est la colonne vertébrale morale de l’État.

Dans l’affaire Zogo, ce que l’on observe, c’est la manipulation de l’information, les luttes de clans, les exfiltrations possibles, les pressions psychologiques, les silences institutionnels. Saint Thomas d’Aquin avertissait :

un pouvoir qui sert des intérêts privés devient tyrannie. Or que voit‑on ici ? Un service de contre‑espionnage mobilisé pour intimider, terroriser puis éliminer un journaliste. Non pour ses prises de parole, mais — comme on le découvre aujourd’hui — pour servir les ambitions de ceux qui veulent accéder au pouvoir par tous les moyens.

III. La vérité, champ de bataille

Dans Caritas in Veritate, Benoît XVI écrit :

« La vérité est la lumière qui donne sens et valeur à la charité. » Mais dans l’affaire Zogo, la vérité est devenue redoutée, contournée, retardée, perçue comme une menace. Le Jésuite Jean‑Yves Calvez le rappelait : « Une société qui craint la vérité est une société qui a peur d’elle‑même. »

  1. Le péché structurel : quand le mal devient système Jean‑Paul II, dans Reconciliatio et Paenitentia, décrit le péché structurel comme un mal qui s’organise, se reproduit, se protège. Dans l’affaire Zogo, la violence s’impose comme un langage politique et économique. On y voit : instrumentalisation des médias — pour fabriquer des récits de diversion, alliances ethniques souterraines — pour verrouiller les responsabilités, rivalités institutionnelles — pour brouiller les pistes, réseaux invisibles de protection et d’assassinat — pour neutraliser la vérité. Le péché structurel n’est jamais un accident : c’est un système.
  2. La justice : non pas vengeance, mais restauration

La DSE distingue la justice punitive de la justice restaurative. Elle exige : la reconnaissance du mal, la vérité des faits, la responsabilité des acteurs, la réparation envers les victimes. La paix sans vérité est un mensonge.

Dans l’affaire Zogo, certains voudraient un apaisement sans justice. La DSE refuse cette tentation.

  1. Le FMI et la responsabilité morale internationale

Si Modeste Mopa a été exfiltré vers le FMI, alors la question dépasse le cadre national.

Le Compendium est explicite :

« Les institutions internationales doivent promouvoir la justice, la transparence et la solidarité. » Elles ne peuvent devenir, même involontairement, des refuges contre la vérité. C’est pourquoi nous saisirons le FMI afin que le processus ayant conduit à son recrutement soit rendu public.

VII. Le précédent Chebeya : la vérité indestructible

Dans l’affaire Floribert Chebeya, en RDC, on invoqua Léon XIII :

« La vérité est une force que rien ne peut ensevelir définitivement. » Cette phrase résonne aujourd’hui au Cameroun.

Les morts parlent encore.

Et leurs murmures interrogent la conscience d’un pays tout entier.

VIII. La bataille de l’opinion : le mensonge comme arme

Depuis quinze jours, les apôtres de la désinformation saturent l’espace public — plus encore depuis mardi dernier.

Au point que les Camerounais, et tous ceux qui suivent l’affaire, se demandent si les journalistes présents au tribunal militaire assistent au même procès. Ce n’est pas l’angle de traitement qui est en cause : c’est l’information elle‑même.

Le mensonge organisé est toujours le signe d’un pouvoir qui tremble.

  1. Amougou Belinga : agneau sacrificiel ou bouc émissaire ?

Dans l’imaginaire public, Amougou Belinga est devenu l’agneau sacrificiel : celui qu’on offre pour apaiser la colère collective, quitte à protéger les véritables coupables. Mais il pourrait aussi, paradoxalement, laver ses vêtements dans le sang de Zogo — comme dans les rites anciens où le sang purifie celui qui le porte.

Sa détention préventive interminable en est le signe.

Le bouc émissaire n’est pas la justice : il en est la caricature.

Pour sortir, il est important de lancer un appel à la conversion

La Doctrine sociale de l’Église rappelle que : la dignité humaine est sacrée, la vérité est un devoir, la justice est une exigence, le pouvoir est un service, la paix est un fruit de la vérité. L’affaire Zogo n’est pas seulement un drame.

Elle est un jugement moral sur un système.

Et la DSE appelle ce système à une seule chose : la conversion.

Car sans conversion, il n’y aura ni vérité, ni justice, ni paix. Pour l’heure, comme dans un match inversé, les ennemis de la vérité ont marqué un florilège de buts en prévision de ceux qu’ils encaisseront à la seconde mi‑temps.

On ne se moque pas indéfiniment de la vérité.

 

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