Cameroun – Ni John Fru Ndi : Une fin sur fond de déception

À l’aube d’une retraite annoncée (mois de juin Ndlr), la première chose qui vient à l’esprit à l’évocation du Chairman Ni John Fru Ndi, c’est le sentiment d’une déception à la hauteur de l’espoir qu’il a suscité! En effet, si une grande partie des Camerounais de moins de trente-cinq ans ne connaissent Ni John Fru Ndi que comme le Chairman du Social Democratic Front et le challenger inconditionnel du président Paul Biya durant les présidentielles de 1992, 2004 et 2011, très peu savent qu’il fût un acteur central dans l’histoire politique récente de notre pays. John Fru Ndi a effectivement joué un rôle catalyseur dans la lutte pour les droits civiques, l’ouverture politique et la démocratisation en général.

La création du SDF le 26 mai 1990 par celui-ci, même si elle intervient dans le cadre d’une dynamique révolutionnaire à laquelle se sont déjà associés plusieurs personnalités (Yondo Black, Célestin Monga ou encore Pius Njawé) et secteurs d’activités (avocats, chauffeurs de taxi, vendeurs à la sauvette, étudiants etc), va constituer un véritable coup de force qui poussera finalement le régime du président Biya à consentir à la promulgation des lois dites de libertés du 19 décembre 1990.

Ces lois qui annoncent déjà la loi fondamentale du 18 janvier 1996 constituent avec cette dernière, des marqueurs fondamentaux de la libéralisation politique au Cameroun. L’audace, la témérité et le courage avec lesquels Ni John Fru Ndi engage son bras de fer avec le pouvoir feront de lui une personnalité charismatique dans le paysage politique camerounais. C’est d’ailleurs fort de cette aura qu’il se présente aux premières élections présidentielles “libres” et “transparentes” dans l’histoire du pays. Des élections qu’il aurait remportées face à Paul Biya selon l’avis de plusieurs observateurs, même si au final, c’est ce dernier qui est reconnu par la Cour suprême. Mais c’est là le seul actif du Chairman qui quittera donc finalement la scène politique sans avoir jamais véritablement fait l’expérience d’une mandature populaire après plus de trois décennies de présence active. Il faut dire qu’après le grand espoir des années 1990, Ni John Fru Ndi déçoit plus qu’autre chose.

Un goût d’inachevé

Ses multiples tâtonnements dans son rapport de force avec le régime trahissent dans un premier temps, au-delà d’un essoufflement ou une panne d’idées, l’attitude d’un homme complétement dépassé par les événements. Pire encore, Ni John Fru Ndi apparaît par la suite comme un complice du régime qu’il dit combattre. Nombre de ses partisans digèrent mal ou ne comprennent pas l’augmentation rapide et perceptible de sa fortune personnelle. Le Camerounais lambda n’a en effet pas plus de lisibilité sur la constitution du patrimoine de Fru Ndi que sur celui de Paul Biya. Ce climat de suspicion et de méfiance va se renforcer avec le développement de réflexes autoritaires dans la gestion du Social democratic front.

Entre rester indéfiniment à la tête du parti et la gestion plus ou moins violente des antagonismes auxquels il y fait face, (le cas de la dissidence de Bernard Muna dont le traitement a conduit à la mort de Grégoire Diboulé, secrétaire à l’organisation d’alors; ou les cas plus récents de Kah Walla et Célestin Djamen), le Chairman présente finalement bien plus de similitudes qu’il n’y paraît avec le président Paul Biya. Le cuisant échec qu’il essuie lors des sénatoriales de 2013, les demandes pressantes du passage de témoin au sein du SDF, son éviction en tant que candidat “naturel” aux élections présidentielles et son incapacité à peser véritablement sur (le processus de résolution de) la crise anglophone malgré de nombreuses tentatives apparaissent pour l’observateur averti comme, les manifestations logiques de la fin de l’influence politique du Chairman. Il reste cependant, dans un contexte politique particulièrement rude, violent et déloyal, un homme qui a essayé du mieux qu’il pouvait d’être à la hauteur de l’espoir suscité par le leader charismatique et révolutionnaire qu’il fut dans les années 1990.

Par Brice Stepan Ondigui Avele, chercheur en Science politique

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