« Ce sont les littoraliens qui s’en vont, à l’image de Mbappé parti en France »

L’observateur du landerneau politique au Cameroun Oscar Djiki, sous une tonalité railleuse donne sa position dans le débat lancé actuellement par le sieur Elimbi Lobe avec le fameux « Le Littoral aux littoraliens ».

Affirmer « Le Littoral aux littoraliens » revient à défendre une conception singulière de la propriété et de la citoyenneté. Pour ceux qui portent ce slogan, le titre foncier n’est pas la véritable preuve de possession, et la citoyenneté camerounaise elle-même est jugée incomplète si elle n’est pas enracinée dans l’autochtonie littorale.

Dans cette logique, même sans titre foncier, même sans carte nationale d’identité, l’autochtone demeure propriétaire du Littoral et citoyen à part entière. Le littoralien n’a que des droits dans le Littoral, tandis que l’allogène n’y a que des devoirs.

Cette conception se traduit jusque dans la vie quotidienne. À la fin du mois, les bailleurs réclament leur loyer. Mon bailleur est autochtone : si je ne paie pas, je suis en difficulté. Toi, si ton bailleur est allogène, tu peux toujours lui rappeler ton autochtonie et refuser de payer. Après tout, tu es littoralien, et ce qui est dans le Littoral t’appartient.

Le slogan prend encore plus de force lorsqu’on observe que le Littoral, lui, n’a jamais bougé. Il est resté là où il est, enraciné dans son sol, fidèle à son identité. Ce sont les littoraliens qui s’en vont, à l’image de Mbappé parti en France. Il a pris la nationalité française, joue pour la France, mais le Littoral, lui, demeure immobile, tel un principe qui ne se déplace jamais. Et Mbappé reviendra. Même ceux qui ont vendu leurs terres aux allogènes ont pris soin de leur interdire de les emporter ailleurs : les terres restent dans le Littoral. Les allogènes peuvent acheter, mais ils n’ont pas le droit d’être propriétaires.

De là découle une logique paradoxale mais cohérente : vendre une terre ne signifie pas en perdre la propriété, et en acheter ne signifie pas en devenir propriétaire. L’autochtone reste souverain, car la terre, enracinée dans le Littoral, ne peut être arrachée à son identité. C’est pourquoi, à la place des autochtones, je vendrais toutes mes terres aux allogènes, en leur interdisant de les déplacer. Ainsi, je resterais toujours propriétaire de ce que j’ai vendu, puisque les terres demeurent dans le Littoral.

Je pourrais même, à l’image de Mbappé, m’exiler en France, laissant les allogènes occuper mes terres achetées, mais dont je demeurerais le souverain invisible, car elles sont dans le Littoral. Et chaque fois que je reviendrais, je serais la loi, puisque le Littoral, par essence, appartient aux littoraliens.

Et même si les allogènes venaient à être plus nombreux que les autochtones, même s’ils payaient 80 % des impôts et assuraient l’essentiel des charges publiques, ils ne pourraient jamais aspirer à gérer quoi que ce soit. Leur rôle est celui de contribuables, non de décideurs. La souveraineté, elle, demeure entre les mains des littoraliens, car le Littoral n’est pas une simple circonscription administrative : il est une identité, une appartenance, une essence qui ne se partage pas.

Alors, nous soutenons votre slogan et vous encourageons à vendre vos terres. Après tout, tout vous appartient.

OSCAR NJIKI

 

Partager l'article:
Étiquettes:

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Lire sur mobile

QR Code
Ne perdez plus rien, recevez le résumé de l'actualité quotidienne, directement dans votre courriel.

Vous êtes désormais inscrit à notre newsletter, merci de faire partie de notre auditoire!

Dans la même catégorie: ,

À peine un an après son inauguration, le fleuron industriel de Figuil, investi à hauteur de 50 milliards de FCFA, a suspendu ses activités. En

Après les inondations du 4 juin dernier qui ont paralysé le centre-ville de Yaoundé, la ministre de l’Habitat et du Développement urbain est montée au

Lors de l’ouverture de la session ordinaire du Sénat ce 9 juin 2026, le président de la chambre haute a exigé une réponse gouvernementale implacable

Après deux ans passés derrière les barreaux de la prison principale de Dschang, Christian Foulefack a recouvré la liberté. Ce mardi 9 juin 2026, le

En ouvrant la deuxième session parlementaire de l’année ce 9 juin 2026, le président de l’Assemblée nationale a imprimé une rupture majeure à la chambre

Le gouvernement camerounais monte au créneau. Suite à l’interception par les autorités françaises du pétrolier « Tagor » transportant du brut russe, le ministre des