Le Ministre Jean De Dieu Momo rend hommage à Clément Atangana, qu’il présente comme un magistrat d’exception ayant consacré plus de cinq décennies à la justice camerounaise
Clément Atangana : L’homme aux cinq toge
Lorsque l’observateur avisé promène son regard dans l’annuaire du personnel judiciaire du Cameroun, un Magistrat se distingue particulièrement par la variété des robes qu’il a portées tout au long de sa riche carrière. Ce rare spécimen est sans conteste le Président Clément ATANGANA, l’actuel et tout premier Président du Conseil Constitutionnel du Cameroun. Il vient de nous quitter pour l’éternité et nous élevons les prières afin qu’une lumière sans fin brille sur lui.
Dans son allocution du 10 septembre 2019 annonçant la convocation d’un Grand Dialogue National, le Président de la République, Son Excellence Monsieur Paul BIYA, rappelait qu’il nomme les ministres en fonction de leur compétence en ces termes : « le choix de ces responsables a, comme à l’accoutumée, été principalement guidé par leurs qualités humaines et professionnelles, leurs compétences et leur expérience ».
Force est de reconnaître qu’il en est de même de tous ceux qui sont distingués par le Décret présidentiel comme en témoigne le cas du Président du Conseil Constitutionnel dont les états de service témoignent de la compétence avérée. Cette compétence a récemment encore été reconnue par une distinction de l’International Committee of Excellence qui lui a décerné, le 14 avril 2020, le prestigieux Prix panafricain des meilleures pratiques judiciaires innovantes. Les organisateurs de ce prix lui ont par ailleurs rendu un hommage mérité qui conforte notre propos en reconnaissant « ses valeurs professionnelles et personnelles dignes de sa stature de haut commis de l’Etat et de Magistrat de haut calibre, sur le plan (…) de la gestion des audiences, de l’impartialité et de la célérité dans la gestion des dossiers au sein de l’institution dont il a la charge ».
Il ne pouvait en être autrement car, le Président Clément ATANGANA a fait montre d’une patience et d’une maîtrise procédurale phénoménale durant le contentieux post-électoral qui a suivi l’élection présidentielle de 2018 au Cameroun.
Entré dans la magistrature le 20 décembre 1969 aux premières heures de sa jeunesse, Clément ATANGANA prête serment et porte sa première toge, la toge noire à l’épitoge aux couleurs du Cameroun Fédéral. La toge noire du Président ATANGANA sera l’armure dont il se couvrira comme Juge, Juge d’Instruction et comme Procureur de la République. Il sera même Juge Unique à un moment où notre pays n’avait pas suffisamment de Magistrats à déployer dans toutes les juridictions. Et comme Juge Unique, il assumait les attributions de Président du Tribunal et de Procureur de la République à la fois. Pratiquement, cela signifie que dans le cadre des jugements des affaires pendantes devant le Tribunal, il devait à la fois être le Juge d’Instruction ou Magistrat instructeur comme on le disait avant l’entrée en vigueur du Code de Procédure Pénale en 2007, ensuite il agissait dans le cadre de la même affaire comme Procureur de la République, prenant ses réquisitions contre le prévenu avant de se muer en Juge du Siège pour juger la même personne. C’est cela le rôle du Juge Unique qui était une mesure destinée à couvrir les juridictions où le déficit en personnel Magistrat entravait le rapprochement des justiciables de la Justice.
Le Président ATANGANA portera la toge rouge aussi bien devant la Chambre Criminelle du Tribunal de Grande Instance qu’à la Cour d’Appel et à la Cour Suprême. Cette « toge rouge-sang » qui suscite la crainte chez les justiciables car elle est portée aussi pour le jugement des affaires criminelles où la peine de mort peut être prononcée, est accompagnée, à la Cour Suprême, d’une écharpe à hermine de fourrure blanche tachetée de noir et d’une épitoge aux couleurs du Cameroun. Elle est également portée lors des cérémonies officielles, telles que la rentrée solennelle de la Cour Suprême, avec une perruque blanche qui symbolise à la fois la sagesse et l’infaillibilité du Juge suprême terrestre. Le Président ATANGANA l’arborera fièrement, quoique modestement, à toutes les occasions officielles pendant tout son séjour à la Cour Suprême où il officiait comme le Président, inamovible – on est tenté de le dire – de la Chambre Administrative. On peut même dire qu’il a fait le plus fort de sa carrière comme Président de cette Chambre au sein de laquelle il a laissé les marques indélébiles pendant près de 02 décennies, notamment dans la construction du contentieux électoral et dans toutes les procédures administratives, avant la création des Tribunaux Administratifs et du Conseil Constitutionnel. L’on se rappellera toujours, à cet effet, de la Commission ATANGANA en matière électorale.
Il a également été le Président de la Commission Nationale de Recensement Général des Votes pour les élections présidentielles, législative et sénatoriale.
Lorsqu’il quitte la magistrature, après son long et remarquable séjour à la Chambre Administrative de la Cour Suprême, ancêtre du Conseil Constitutionnel, il prête serment comme Avocat et porte la robe noire des Avocats à épitoge noire avec une hermine blanche aux 02 extrémités. Mais il n’exercera pas longtemps en cette qualité car il sera nommé Président du Conseil Constitutionnel.
Clément ATANGANA porte aujourd’hui la robe verte et rouge du Conseil Constitutionnel, costume des audiences que le grand public a découvert pendant le contentieux électoral qui a suivi l’élection présidentielle du 09 octobre 2018. Au cours d’une audience publique retransmise en mondovision à la télévision nationale, relayée par d’autres télévisions, le Président Clément ATANGANA a fait étalage de tout son talent de Juge attentif quoi qu’inflexible, patient, sobre en parole mais pertinent dans la conduite des procès et rigoureux dans l’application stricte des lois de la République, et dont l’une des sentences, « irrecevable », est entrée dans le commun et acquis droit de cité dans la mémoire collective du public avide du langage judiciaire.
Le Président Clément ATANGANA officiant comme Président du Conseil Constitutionnel arbore également la toge bleue et rouge des cérémonies officielles.
Voilà donc l’homme qui a présidé aux destinées du Conseil Constitutionnel et dont les compétences n’ont pas échappé à la sagacité du coach sélectionneur national, le Président de la République Son Excellence Monsieur Paul BIYA. Voilà l’homme dont les compétences diversifiées ont prédestiné au poste qu’il occupe avec efficacité jusqu’à son décès et qui lui allait comme un gang.
Il faut relever également que le patriarche qui a marqué de son empreinte la ville aux 07 collines possède dans sa gibecière des lauréats professionnels, 07 attributions au total avec ses 05 toges.Clément ATANGANA était par ailleurs Officier d’état civil et éminent membre du Comité des Droits Economiques, Sociaux et Culturels des Nations Unies pendant 06 mandats successifs de 04 ans chacun.
À chacun de juger que le Président de la République dispose d’un don infaillible pour choisir les hommes qu’il faut à la place qu’il faut, et comme tout pouvoir vient de Dieu, tout pouvoir dérivé de celui qui a été oint comme lui vient aussi indirectement et par ricochet de Dieu.
Le président Clément Atangana s’en est allé un dimanche jour du Seigneur, retrouver son créateur. Puisse-t-il s’asseoir à la droite de Dieu le père pour être récompensé des énormes services rendus à son pays le Cameroun .
Nous témoignons qu’il était un homme affable, aimable, sociable, et toujours présent pour les autres dans la joie comme dans le malheur.
Va et repose en paix grand homme et que la terre de nos ancêtres te soit légère. Amen.





