Il y a des visites ministérielles qui ressemblent à des formalités protocolaires, et il y en a d’autres qui ressemblent à des prises de décision en temps réel. Celle effectuée ce jeudi 9 juillet 2026 par Gaston Eloundou Essomba, ministre de l’Eau et de l’Énergie, dans les installations d’Acero Metal à Douala, appartient clairement à la seconde catégorie.
Quand le terrain impose sa réalité
Il n’y a rien de tel qu’une visite d’usine pour comprendre concrètement ce que signifient des statistiques nationales sur l’énergie. Le ministre a pu le vérifier lui-même en parcourant les lignes de production d’Acero Metal SARL, accompagné du gouverneur du Littoral, du consul de l’Inde au Cameroun, et des directeurs généraux de la Sonatrel, de la Socadel et de l’Arsel.
Le constat est sans appel : sur une capacité installée de 250 000 tonnes d’acier par an, l’entreprise n’en produit que 60 000. La faute à un déficit énergétique chronique — 12 MW disponibles contre 40 MW nécessaires pour tourner à plein régime. Une nouvelle unité de production, entièrement achevée, reste à l’arrêt, faute de branchement électrique suffisant.
Ce n’est donc pas un problème de matières premières, ni de marché, ni de main-d’œuvre. C’est une question strictement énergétique, qui bride une entreprise industrielle stratégique dans la capitale économique du pays.
Un engagement chiffré, un calendrier fixé
Face à cette situation, le ministre s’est engagé à fournir 10 MW supplémentaires à Acero Metal dans un délai de 90 jours. Un engagement qui, s’il est tenu, permettra le démarrage immédiat de la nouvelle unité de production et la création d’environ 1 200 emplois directs à Douala.
Dans une région où l’emploi des jeunes reste un défi permanent, ce chiffre a valeur de symbole. Il illustre aussi la manière dont un dossier technique — la disponibilité électrique — peut directement conditionner la création de richesse et d’emplois à l’échelle locale.
Le ministre a par ailleurs tenu à préciser l’esprit de sa démarche : il n’était pas venu prononcer un discours, mais écouter les responsables de l’entreprise, avant de réaffirmer la volonté du gouvernement de créer un cadre énergétique favorable à l’industrialisation, en cohérence avec la Stratégie nationale de développement 2020-2030.
Une méthode qui s’inscrit dans une tournée plus large
Cette visite ne relève pas d’une initiative isolée. Elle s’inscrit dans une mission de deux jours, entamée le 8 juillet dans la région du Littoral. La veille, le ministre avait déjà obtenu des engagements formalisés de la part des entreprises en charge du deuxième corridor d’évacuation de l’énergie à Douala, portant notamment sur le respect des délais de chantier.
Deux jours, deux dossiers, une même logique : celle d’un gouvernement qui semble vouloir s’attaquer concrètement aux goulots d’étranglement énergétiques qui freinent l’industrialisation à Douala. Reste à savoir si cette dynamique se maintiendra dans la durée, au-delà de cette séquence médiatique.
Acero Metal, un cas révélateur
Au-delà du cas particulier d’Acero Metal, cette séquence pose une question plus large : celle de la capacité du Cameroun à accompagner, dans les faits, les entreprises industrielles qui ont investi et qui attendent désormais les conditions nécessaires pour produire à pleine capacité. Un test grandeur nature pour la politique énergétique nationale, dont l’issue se jouera dans les 90 prochains jours.
Si l’engagement est tenu, Acero Metal deviendra un exemple concret de ce que peut produire une action gouvernementale rapide et ciblée. Dans le cas contraire, ce sera un dossier de plus à ajouter à la liste des promesses énergétiques restées sans suite.
Rendez-vous est pris début octobre 2026 pour vérifier si la promesse s’est traduite en mégawatts, en tonnes d’acier produites, et en emplois effectivement créés à Douala.





