Dans ce texte du journaliste Hilaire Ngoualeu Ham Ekoue, il revient sur la vie d’Anicet Ekane et son attachement aux idéaux de son maitre Ernest Ouandié et son vœu le plus cher : être enterré auprès de ce dernier.
Il est des volontés qui ne souffrent d’aucune interprétation. Celle d’Anicet Ekané en fait partie. À maintes reprises, sur les plateaux et dans l’intimité militante, il a exprimé son désir d’être inhumé auprès de celui qu’il considérait comme son guide politique et spirituel : Ernest Ouandié. Quel testament peut valoir plus que la parole d’un homme conscient de son destin ?
La question mérite d’être posée. Car ici, il ne s’agit ni d’un murmure ni d’une confidence, mais d’une déclaration publique, constante, assumée.
Que ses adversaires politiques se réjouissent en silence ou se justifient par les logiques implacables du combat idéologique pourrait, à la rigueur, relever de ce cynisme ordinaire des luttes de pouvoir. « À la guerre comme à la guerre », diront certains — même si, ici, la guerre semble déjà lasse d’elle-même.
Mais que dire lorsque la fracture surgit dans le cercle le plus intime ? Lorsque des membres de sa famille, politique et biologique, participent à brouiller son héritage, à ternir sa mémoire, à contester ses dernières volontés ?
L’histoire, pourtant, offre des précédents lourds de sens. Sous le joug colonial, l’Église protestante avait su, malgré les contraintes, offrir une sépulture à Ruben Um Nyobè à Eseka. Plus tard, elle a permis que Ernest Ouandie et d’autres figures trouvent un repos, parfois loin, mais jamais dans le déni.
Aujourd’hui, cette même institution semble hésiter, voire se dérober, face à la demande du MANIDEM. Refuser d’honorer la volonté d’Ekane, n’est-ce pas rompre avec cette tradition de reconnaissance, même tardive, des figures de résistance ?
Pendant que le corps repose encore à la morgue de l’hôpital Laquintinie, un autre spectacle se joue : celui, indigne, de camarades chassés du siège du parti, comme si la mort ouvrait droit à la confiscation.
Peut-on aimer un homme et détruire ce pour quoi il a vécu ? La question claque comme une gifle. Car aimer, en politique comme dans la vie, c’est prolonger le combat de l’autre, non l’enterrer avec lui.
Félix-Roland Moumié repose à Conakry, Ernest Ouandié à Bafoussam, Emok Elang encore à Luanda, Abel Kingue au Caire et d’autres ailleurs. L’exil, même dans la mort, semble être le destin tragique des héros Kamerunais.
Mais au fond, le lieu importe moins que la fidélité. Car viendra un jour où ces mémoires dispersées se rejoindront dans la conscience collective.
On n’enterre pas seulement un homme, on révèle les vivants. Respecter la volonté d’Anicet Georges Ekane, ce n’est pas céder à une exigence personnelle : c’est honorer une parole, une trajectoire, une fidélité. À défaut, l’histoire retiendra ceci : que ceux qui n’ont pas su accompagner dignement leur camarade dans la mort auront déjà trahi son combat de son vivant.





