À quelques semaines de la présidentielle du 12 octobre, un article de Jeune Afrique vient rallumer le débat sur l’état de l’opposition camerounaise.
Intitulé « Au Cameroun : l’opposition la plus bête d’Afrique ? », le papier de l’hebdomadaire pointe la fragmentation et l’incapacité des forces d’opposition à s’unir face au pouvoir en place. Une sortie qui a déclenché une avalanche de réactions dans la classe politique.
Dans son analyse, le magazine panafricain basé à Paris met en lumière l’émiettement du paysage politique. Les figures historiques comme Bello Bouba Maïgari et Issa Tchiroma Bakary, anciens ministres, sont décrites comme « se détestant cordialement », entraînant dans leur sillage une demi-douzaine de prétendants « condamnés à la figuration ». Selon *Jeune Afrique*, le régime de Yaoundé profite de ces querelles intestines pour entretenir et exploiter les divisions.
Indignation des leaders de l’opposition
Les réactions n’ont pas tardé. Mamadou Mota, président par intérim du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), a dénoncé un article « à charge » contre les forces du changement. « On tire sur l’opposition camerounaise mais jamais sur le forgeron qui tord le cou à la loi et à la Constitution selon ses caprices », a-t-il lancé, fustigeant un pouvoir qui « décide des saisons des élections tout en défiant la Constitution ». Pour lui, l’opposition camerounaise est « la plus martyrisée », pas « la plus bête ».
Serges Espoir Matomba, leader du Peuple uni pour la rénovation sociale (PURS), est allé dans le même sens. Selon lui, cet article n’est rien d’autre qu’une « opération médiatique téléguidée » visant à discréditer les efforts de rapprochement entre partis. « Que Jeune Afrique le reconnaisse ou non, la France et l’Union européenne s’impatientent. Elles mobilisent leurs relais médiatiques, leurs mercenaires du stylo et leurs influenceurs pour ridiculiser, diviser et déstabiliser l’opposition », accuse-t-il. Matomba assure que des équipes travaillent bel et bien à bâtir des stratégies communes, mais que ce processus ne peut « se faire ni dans la précipitation, ni sous la pression de chancelleries étrangères ».
Akere Muna plaide pour une remise en question
À contre-courant, l’avocat et homme politique Akere Muna, candidat du parti Univers, estime que l’analyse de Jeune Afrique doit être prise comme une opportunité d’introspection. « Ce n’est pas une insulte ; c’est un miroir », affirme-t-il. Pour l’ancien président de Transparency International-Cameroun, le problème dépasse la simple division des partis : « Les opposants se déchirent pendant que le système de corruption, de népotisme et de détournement des deniers publics reste intact. La question n’est plus de savoir si nous devons nous unir, mais si nous sommes assez courageux et assez intelligents pour le faire ».
Il appelle à la construction d’une coalition unique ou, à défaut, à la désignation d’un candidat consensuel capable de porter l’espoir du changement face au président sortant Paul Biya.



