À la veille de la présidentielle 2025, Olivier Bilé dénonce les « coalitions tardives et superficielles » de l’opposition, qu’il juge sans avenir. L’universitaire rappelle l’échec de son projet de Transition politique (Atp), miné selon lui par les égos et les trahisons. Pour lui, le système reste verrouillé, réduisant l’opposition à un rôle d’accompagnement et appelant plutôt à une abstention de sagesse.
Lire sa sortie:
“Car le Fils de l’homme doit venir dans la gloire de son Père, avec ses anges; et alors il rendra à chacun selon ses œuvres.”
Maintenant que nous sommes rendus à l’avant-veille de la présidentielle, les procédures administratives et juridictionnelles de sélection des candidats étant achevées, il y a peut-être lieu de reprendre un peu la parole afin d’exprimer quelques-unes de mes intimes convictions du moment. Mais avant toute chose, qu’il me soit permis de rappeler un fait essentiel.
A propos de l’Atp Début février 2024, je franchis le rubicon en initiant cet ambitieux projet d’alliance pour une transition pacifique connu sous le sigle Atp. Pour moi, cette idée de Transition, conçue en réalité après les élections locales de 2020, était devenue, à ce moment là, d’une incontournable nécessité. La transition politique m’apparut ainsi comme cet indispensable mécanisme de grandes réformes institutionnelles, politiques et électorales, seul en mesure de promouvoir une véritable Justice sociale dans tous les segments de la vie de notre pays et singulièrement, sa vie politique. Ce mécanisme était ainsi destiné à l’affranchir des multiples périls en termes de chaos sociopolitique et économique repérables depuis fort longtemps dans toutes nos villes et campagnes.Dès son lancement en 2024, le projet rencontre un grand intérêt au sein de l’opinion, voire au sein de la classe politique.
Près d’une vingtaine d’organisations politiques y adhèrent et nous produisons ensemble une grande espérance dans les cœurs des Camerounais pendant les longs mois de labeur du début de cette entreprise politique. La noblesse et la crédibilité de l’Atp résidaient dans l’ambition, peut-être angélique, de vouloir agréger une très large proportion des acteurs de l’opposition et de la société civile à l’instar de ce que fit l’Union pour le changement en 1992. Avec, en sus, la plus-value démocratique d’une primaire ouverte et digitale pour choisir un véritable candidat unique doté d’une grande légitimité populaire.
Mais hélas, chacun connaît la fin de l’histoire. La psycho-culture politique ambiante du mapartisme, de la filouterie, de la roublardise et des trahisons diverses a eu raison du seul grand projet moderne et démocratique de mutualisation des capacités qui aurait pu tenir la dragée haute au régime néocolonial de Yaoundé, et peut-être, promouvoir une occurrence de victoire à la faveur d’une large mobilisation populaire et sans précédent sur tous les plans. L’opinion publique devrait, au reste, savoir que les outils technologiques de cette primaire digitale ont néanmoins été finalisés, bien que l’initiative avait déjà pris du plomb dans l’aile en raison des défections égoïstes et yangoïstes largement documentées par la presse …
Je n’en dirai pas davantage, l’histoire étant bien connue de toutes les âmes honnêtes. Toutefois, sachons-le, chaque acteur proche ou éloigné de cette histoire politique récente, sera rétribué selon les parfaites stipulations du verset biblique en épigraphe de la présente tribune libre. Je crois d’ailleurs que ladite rétribution a déjà bel et bien commencé pour certains de ceux qui avaient rejeté cette belle initiative. C’est aussi ça, les lois implacables de la vie.
Le système politique et institutionnel reste verrouillé. Maintenant que la plupart des analystes clairvoyants et pour le moins objectifs de notre univers politique viennent instruire la conscience nationale, parfois bien naïve, du caractère verrouillé de notre système politique et électoral, il y a lieu de s’interroger profondément sur le sens de ces élections à répétition au service d’un pouvoir perpétuel comme dirait quelqu’un. Cette interrogation revêt aujourd’hui une dimension existentielle pour notre pays. C’est en effet une question que doivent se poser toutes les forces vives de la nation, tant il est vrai que le pays est en face d’une impasse critique et radicale qui semble effrayer même le pouvoir actuel de Yaoundé.
Il n’y a en effet rien de pire dans la vie que de se retrouver confronté à un problème sans la moindre esquisse de solution. Tout le monde sait désormais que le pouvoir est, plus que jamais et mieux qu’ailleurs, verrouillé et cadenassé au Cameroun. La participation à l’élection présidentielle n’est plus qu’une entreprise d’affirmation de soi, sans la moindre possibilité de quoi que ce soit en termes de résultat afin d’infléchir la donne politique. Raison sans doute pour laquelle, elle a récemment donné lieu à 83 tentatives de candidatures pour le moins désespérées de citoyens sans doute plus exaspérés qu’autre chose par notre contexte socio-économique conjugué à cette impasse critique d’ordre politique persistante. Certains de ceux qui ont été retenus peuvent, à l’instar de tant d’autres par le passé, ressentir griserie et ivresse, d’accéder à la candidature à la fonction suprême. La différence avec le passé est qu’il n’est plus possible aujourd’hui, d’ignorer cette implacable réalité de cadenassage d’un ordre néocolonial qui ne sera jamais disposé à se faire hara-kiri. Toutes choses qui réduisent les candidats de l’opposition à de tels scrutins au rôle d’accompagnateurs de circonstance.
Les esquisses de coalition actuelles.
Les coalitions tardives et superficielles hypocritement esquissées à la veille des élections n’ont ni sens ni avenir, je l’avais déjà dit dans les débuts de l’Atp. Non seulement les agendas individuels, comme on le constate encore une fois, ne les prévoient pas, mais de surcroît, elles ne peuvent produire aucun résultat dans le contexte politique actuel, si tant est que l’on parvienne à en bâtir une. C’est juste des coups d’épée dans l’eau ne pouvant générer qu’illusions et perte de temps aux Camerounais.
Le péril de la reproduction systémique.
Le problème aujourd’hui, de mon modeste point de vue, n’est même plus Paul Biya, mais plutôt celui des velléités bien visibles et incontournables de reproduction d’un système néocolonial établi depuis plus de six décennies par ses plus proches collaborateurs. A l’instar des cas du Togo ou du Gabon, ce système tentera, si rien n’est entrepris par quelque force vive éclairée, de se perpétuer avec des héritiers spirituels ou biologiques déterminés à faire perdurer, autant que possible, cet éternel recommencement d’un système ontologiquement inapte à produire expansion et développement socio-économiques.
Il appartient à chacun désormais de prendre toute sa responsabilité face à l’histoire. Car chacun sera jugé et rétribué en fonction de ses œuvres. En publiant la présente tribune d’éclairage et de sensibilisation, je crois avoir pris la mienne. A rebours de ceux qui demeurent dans une lecture superficiellement et paresseusement électoraliste du problème camerounais, il convient de marteler que ce problème est d’abord et fondamentalement lié à la nature d’Etat néocolonial de notre pays, où le système de parti-Etat de facto fut établi avec le conseil de l’ordre exo-colonial. Le déboulonnement de ce système reste donc, irrévocablement, la clé de la libération et de l’orientation du pays vers les horizons enthousiasmants de l’émancipation sociopolitique et économique. Tel est l’incontournable algorithme. Mais alors, comment opérer ladite Libération ?
Ma consigne de voteMaintenant que chacun, je l’espère, aura définitivement compris qu’aucune élection, aucun débat juridique ne nous mènera nulle part dans le contexte actuel, je voudrais faire connaître aux militants, sympathisants des Libérateurs ainsi qu’à la communauté nationale notre position sur ladite élection, si jamais cette dernière se tient finalement. Je rappelle à cet effet avoir recommandé que la Transition soit substituée à l’élection. Cette proposition du plan A de l’Atp au Renouveau demeure valide et opportune pour qui serait enfin disposé à la saisir.
A défaut, notre consigne officielle, au regard de tout ce qui précède serait, par conséquent, celle d’une abstention de sagesse en faveur de la Justice au Cameroun. Confronté à un redoutable “esprit du pays et des tribus”; à d’innombrables fléaux sociaux; à d’immenses défis économiques, culturels et géopolitiques, le Cameroun a impérieusement besoin d’un leadership nouveau, profondément intègre, souverain, stratège et serviteur. Un leadership doué de très robustes valeurs axiologiques voire sapientiales sans lesquelles aucune transformation décisive et positive n’aura jamais lieu.
” Si l’Eternel ne bâtit la maison, ceux qui la bâtissent travaillent en vain”.
Ps. 127.
Dieu libère le Cameroun.
Je voudrais, enfin, rassurer le peuple en lui indiquant que, conformément à notre verset de référence qui est une promesse ferme, le régime du Renouveau recevra aussi sa rétribution bientôt selon ses œuvres. Il en sera, assurément, de même pour tous ses soutiens et affidés visibles ou cachés, qui devraient également bien se tenir car la sanction est plus proche que l’on imagine.
Ce régime a perduré jusqu’ici parce que Dieu l’a permis afin que son dessein pour le Cameroun soit accompli. A cet égard, il me plaît de rappeler qu’en la matière, Dieu reste souverain dans Ses choix et singulièrement, celui des dirigeants dont la qualité impacte toujours positivement ou négativement les nations. En Sa qualité de Maitre des temps et des circonstances, Il a la souveraine discrétion relativement à Sa suprême intervention qui, seule, nous affranchira définitivement de la servitude néocoloniale en vigueur. Pour ce faire et comme toujours, Il se servira de qui Il voudra et quand Il le voudra. Nous savons qu’Il le fera. Et qu’Il le fera certainement.
Dieu bénisse le Cameroun.



