Dans cette communication qui s’apparente à une lettre à Issa Tchiroma, le journaliste pan-africaniste envoie une motion de soutien au président national du Fsnc.
Cher Issa Tchiroma Bakary
le président : N’ayez jamais honte de votre victoire ! Votre humilité, par l’exercice d’un mea culpa à vos compatriotes, à Bamenda ou à Douala, pour vos années de compagnonnage avec le régime de Paul Biya, ont reçu l’assentiment de nombre de vos compatriotes.
Comme nos anciens dans le Fouta Toro, en pays peul, avec leur « Akilo » ou ceux des terres Swahili qui cultivaient l’Amani, vous avez su faire acte de contrition : pour vos paroles blessantes à l’endroit de ces familles de victimes des bavures et exécutions sommaires de notre Armée ; pour l’arrogance mortifère du gouvernement à l’entame de la désastreuse crise dans les régions du Nord-ouest et du Sud-ouest ; pour l’enflure de ces louanges risibles au président Biya, qui n’avait plus rien de la pointe de « soleil » de novembre 1982 mais tout de l’astre éteint de plusieurs décennies de déclassement d’un pays à fort potentiel ; bref de la hardiesse de votre soutien.
Vous avez su et dit à qui vous deviez cette victoire : à une dynamique populaire gonflée à l’hélium du sens de l’intérêt supérieur du Cameroun d’un Anicet Ekané ; de la formidable mobilisation de vos concitoyens qui avaient été pendant près de 7 ans éveillés à l’engagement citoyen et politique par Maurice Kamto dont la candidature sauvagement rejetée a suscité votre émoi ; à cette jeunesse du Septentrion qui vous avait enjoint à quitter le bateau ivre de la mal – gouvernance au risque de sanctionner votre parti dans votre bastion ; à un déferlement de soutiens venus des quatre horizons de notre pays et de sa Diaspora. En plus de votre sens politique et de vos qualités personnelles.
Vous avez compris le message de fond et à bas bruit de vos compatriotes, qui comme le disait Jerry Rawlings ont pensé que : « même si c’est le diable qui est au pouvoir, qu’il ne puisse pas agir selon sa seule et unique volonté ! ».
Autrement dit, des Camerounais qui à la lecture du programme de Transition présenté par l’Union pour le Changement que vous endossiez, disait clairement qu’ils ne voulaient plus d’un Dieu à Etoudi, mais d’un serviteur du peuple ; qu’ils ne voulaient plus d’un monarque absolu à la tête de l’Etat mais d’un élu qui devrait respecter ses engagements ; qu’ils ne voulaient plus d’une machine automatique à hautes instructions mais d’un président en plein dans l’action.
La victoire usurpée, dans une tradition de hold up électoral instaurée depuis 1992, le feu roulant d’une brutale et sombre répression aux milliers de détenus, à la cohorte de morts et aux Snipers de l’Armée ciblant votre résidence, s’est répandu sur le territoire. Échappant aux griffes des forces de contre – espionnage décidées à en découdre, vous avez pris le chemin de l’exil. Sans renoncer à défendre une victoire légitime.
A ceux qui vous conspuent, voyez- y la complainte de concitoyens en soif de changement. A ceux qui vous insultent, voyez-y l’expression d’une colère de ceux qui vous veulent aux côtés de ceux qui vivent le martyre du quotidien dans notre pays. A ceux qui vous soupçonnent de connivences, voyez-y l’aspiration à avoir des leaders et dirigeants sincères.
Mais, ne renoncez pas à tendre la main. A ceux là comme à ceux qui ont répondu favorablement à vos appels à la mobilisation et à la Diaspora. Ne renoncez pas à vous battre pour une question cardinale : la justice ! On ne peut pas éternellement voler des victoires au Cameroun !
Il faut redonner au peuple sa légitimité confisquée. Ne renoncez pas à accompagner toutes les initiatives positives contre la dérive monarchique, la répression et la détention arbitraire. Qu’une partie de vos compatriotes ait choisi la voie électorale ou pas, ne renoncez pas à tendre la main pour des convergences.
Celui qui refuse de se battre a déjà perdu !





