Dans le cadre de la journée mondiale de la Santé, l’expert en économie de la Santé Alert Ze interpelle dans cette sortie les leaders africains sur les question s sanitaires qui menacent le continent.
« LETTRE OUVERTE AUX DIRIGEANTS AFRICAINS À L’OCCASION DE LA JOURNÉE MONDIALE DE LA SANTÉ
Objet : Pour une transition urgente de la gestion de la maladie vers une véritable politique de santé.
Excellences, Mesdames et Messieurs les Chefs d’État et de Gouvernement,
Depuis des décennies, nos sommets se succèdent et les engagements se multiplient. Pourtant, le constat reste d’une amertume insoutenable : l’Afrique demeure, à bien des égards, un vaste cimetière où l’on perd la vie pour des maux que l’histoire de la médecine a résolus il y a plus d’un siècle.
Le mirage du soin face au désert de la santé
Il est temps de confronter une vérité que nos politiques publiques feignent d’ignorer : l’Afrique ne dispose pas de systèmes de santé, elle gère, avec peine, des systèmes de soins. La distinction n’est pas sémantique, elle est vitale.
- Le système de santé est un rempart ; il a pour mission de protéger le capital humain en empêchant la maladie de survenir par l’hygiène, l’accès à l’eau, la nutrition et la prévention.
- Le système de soins, lui, n’est qu’une ambulance ; il intervient quand le mal est déjà fait pour tenter de réparer ce qui a été dégradé.
En concentrant l’essentiel de vos ressources et de l’aide internationale sur le curatif, vous condamnez nos populations à une vulnérabilité chronique. Vous construisez des hôpitaux là où il faudrait d’abord assainir les cités et éduquer les consciences.
L’échec : un choix politique ?
Pourquoi, malgré la présence massive de partenaires au développement et des budgets colossaux injectés par les donateurs, les résultats sont-ils si médiocres ?
L’observateur critique ne peut s’empêcher de poser cette question provocatrice : l’échec est-il devenu l’objectif ? Maintenir les populations dans un état de santé précaire semble être le corollaire d’un manque de volonté de réformes structurelles. En refusant de transformer nos modèles, en restant dépendants de l’agenda des agences extérieures plutôt que de bâtir une souveraineté sanitaire, nous pérennisons un système qui ne vit que par et pour la maladie.
Un appel à la rupture
Dirigeants de l’Afrique, il est temps de cesser de « gérer » la pathologie pour enfin « produire » de la santé. Cela exige :
- Une refonte budgétaire : Prioriser l’investissement dans les déterminants sociaux de la santé (eau, assainissement, environnement);
2. La souveraineté préventive : Ne plus dépendre uniquement de l’aide extérieure pour les programmes de vaccination et de nutrition;
3. L’audace des réformes : Passer d’une logique de « réaction » face aux épidémies à une logique de « protection » du capital santé des citoyens.
L’Afrique n’a pas besoin de charité médicale, elle a besoin d’une vision politique qui refuse que la mort évitable soit une fatalité continentale. Le capital santé est la première richesse de nos nations ; cesser de le protéger, c’est hypothéquer l’émergence que vous appelez de vos vœux.
Dans l’espoir d’un sursaut patriotique et sanitaire,
Dr Albert ZE »





