Dans cette sortie du journaliste Hilaire Ngoualeu Ham Ekoue, il fait un retour la guéguerre entre les partisans de Maurice Kamto et ceux de Issa Tchiroma, lors de l’élection présidentielle du 12 octobre 2025 dernier.
La passe d’armes épistolaire entre les proches d’Issa Tchiroma Bakary et ceux de Maurice Kamto n’a rien d’un débat stratégique fécond. Elle ressemble plutôt à une querelle de mémoires blessées, de procès d’intentions et de rappels sélectifs du passé. Pendant que les uns et les autres règlent leurs comptes par tribunes interposées, le système qu’ils disent combattre observe, serein, et encaisse les dividendes de cette division.
Une querelle née d’arguments recyclés
Les griefs échangés sont désormais connus, presque routiniers : « Tu n’étais pas là quand je me battais », « Tu as servi le système », « Tu as appelé au boycott », « Tu as légitimé des élections truquées ». Autant d’arguments qui ne disent rien de l’avenir, mais beaucoup des rancœurs du passé.
À écouter les protagonistes, la légitimité politique ne se mesurerait plus à la capacité de proposer une alternative crédible, mais à un concours de pureté militante rétrospective.
Le passé comme arme de disqualification massive
Chaque camp exhume des épisodes précis pour disqualifier l’autre. Les années de gouvernement deviennent une faute imprescriptible pour les uns, tandis que les choix de boycott ou de participation électorale sont brandis comme des preuves d’incohérence pour les autres.
Pourtant, dans un système politique verrouillé, rares sont les acteurs qui peuvent se targuer d’un parcours parfaitement linéaire. Comme le dit un adage populaire : « En politique Kamerunaise, celui qui n’a jamais fauté est souvent celui qui n’a jamais pesé. »
Une opposition qui parle plus à elle-même qu’au peuple
Le plus préoccupant n’est pas la divergence des stratégies — elle est normale dans toute opposition vivante — mais la nature du débat. Ces lettres ouvertes ne s’adressent ni aux jeunes sans emploi, ni aux ménages étranglés par la vie chère, ni aux citoyens lassés des promesses sans lendemain.
Elles s’adressent d’abord aux chapelles politiques, dans un langage codé, nourri d’ego et de règlements de comptes. « Nous avons été plus courageux que vous », « nous avons souffert plus tôt », « nous avons payé le prix fort » : autant de phrases qui flattent les militants, sans convaincre les indécis.
Le grand bénéficiaire : le système
À chaque salve, le pouvoir jubile en silence. Car rien ne lui est plus utile qu’une opposition fragmentée, occupée à s’autodétruire. Pendant que les leaders et leurs soutiens s’accusent mutuellement d’avoir “mangé” ou “trahi”, le système continue de gouverner sans rendre de comptes.
Un observateur averti résumait la situation ainsi : « Quand l’opposition se bat pour le passé, le pouvoir sécurise l’avenir. »
Le vrai débat éludé
La question centrale n’est pas de savoir qui a été le plus constant hier, mais qui est capable de construire une convergence aujourd’hui. Quelle stratégie commune face à un appareil d’État solidement enraciné ? Quelle offre politique claire, lisible, mobilisatrice ? Sur ces points essentiels, la guerre épistolaire reste étrangement silencieuse.
Une guerre d’ego qui confisque l’espérance collective
L’histoire politique Kamerunaise enseigne une leçon simple : les divisions de l’opposition ont toujours été les plus fidèles alliées du pouvoir. À force de transformer le passé en tribunal permanent, les acteurs finissent par hypothéquer l’avenir.
S’ils ne prennent pas conscience que cette guéguerre est un luxe que le peuple ne peut plus se permettre, Issa Tchiroma, Maurice Kamto et leurs soutiens risquent de laisser une fois de plus le système gagner… sans même avoir à combattre.





