Depuis son exil, Issa Tchiroma Bakary s’est adressé aux Camerounais, à l’occasion de la 54ᵉ Fête nationale de l’Unité. S’autoproclamant « Président élu », l’ancien ministre signe un manifeste politique au ton d’une rare gravité, fustigeant la gouvernance actuelle et appelant à une refondation institutionnelle et militaire du pays.
YAOUNDÉ — La célébration de la Fête nationale de l’Unité s’accompagne cette année d’une vive dissonance sur la scène politique camerounaise. Dans une déclaration officielle diffusée par voie numérique ce 19 mai 2026, Issa Tchiroma Bakary a pris la parole pour contester de front la légitimité des institutions de Yaoundé, transformant ce jour de commémoration en tribune de rupture.
La contestation radicale du scrutin de 2025
Au cœur du message de l’homme politique figure une remise en cause frontale de l’élection présidentielle du 12 octobre 2025. Affirmant avoir réuni plus de 70 % des suffrages exprimés — y compris, selon ses déclarations, dans les casernes et les postes de police —, Issa Tchiroma Bakary qualifie le pouvoir en place de « régime obsolète et usurpateur ».
Il accuse ouvertement Élections Cameroon (ELECAM) et le Conseil constitutionnel d’avoir confisqué la victoire du peuple. Cette position l’amène à rendre un hommage appuyé aux victimes, mortes ou emprisonnées, de la crise post-électorale qui secoue le pays depuis plusieurs mois, promettant leur inscription future au « Panthéon de l’Histoire ».
Un réquisitoire socio-économique et institutionnel
Au-delà de la crise électorale, le chef politique dresse un bilan particulièrement sombre de la situation nationale. Il décrit un peuple camerounais « à bout », asphyxié par une pauvreté grandissante, un chômage endémique et un déficit criard d’infrastructures.
Sur le plan institutionnel, l’analyse se veut tout aussi incisive. Issa Tchiroma Bakary dénonce vivement la récente réforme constitutionnelle ayant instauré un poste de Vice-président nommé, y voyant une manœuvre de « dévolution dynastique ou clanique du pouvoir ». Il plaide pour la fin de la « centralisation jacobine » qui a caractérisé les dernières décennies, l’estimant inadaptée à la réalité des territoires. À l’endroit des compatriotes du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, il réaffirme la nécessité d’une démarche concertée pour choisir, par voie référendaire, une forme de l’État conforme à leurs aspirations.
Un appel inédit aux forces de défense
Le volet le plus sensible de son allocution s’adresse directement aux Forces de défense et de sécurité. Saluant leur discipline et leur sacrifice face aux crises sécuritaires qui éprouvent l’intégrité territoriale depuis une décennie, il formule un appel direct à la sédition institutionnelle. Affirmant que l’armée doit être au service exclusif de la souveraineté du peuple, il déclare que les militaires sont « en droit de désobéir à un ordre illégal émanant d’un pouvoir illégitime ».
Malgré la distance imposée par ce qu’il qualifie d’« exil temporaire », Issa Tchiroma Bakary conclut son propos par un appel à l’union pour bâtir un Cameroun pacifique et solidaire, rappelant que l’unité nationale ne saurait être un simple slogan, mais la condition même de la survie collective. Cette sortie majeure vient cristalliser les tensions politiques post-électorales qui continuent de redessiner le paysage public camerounais en ce jour de fête nationale.





