La bataille judiciaire autour de la dépouille d’Anicet Ekane vient de prendre une tournure critique à Douala. Initialement prévues pour les 24 et 25 avril 2026, les obsèques du leader historique du Manidem sont suspendues suite à une guerre ouverte entre ses fils et ses compagnons politiques. Entre accusations d’instrumentalisation gouvernementale et décisions de justice contestées, la mémoire du nationaliste se retrouve prise en otage.
Le calme ne règne pas à l’Hôpital Laquintinie. Alors que le Cameroun politique de l’opposition s’apprêtait à rendre un dernier hommage à Anicet Ekane, figure emblématique de la lutte pour les libertés, les querelles familiales et politiques ont eu raison du calendrier. Le Tribunal de Première Instance (TPI) de Bonanjo, saisi en urgence, a tranché en faveur de Muna Ekane, fils aîné du défunt, au détriment de la veuve et du parti politique.
La veuve et le parti dessaisis par le juge
Le verdict est tombé comme un couperet : le tribunal a désigné Muna Ekane comme organisateur principal du deuil. Plus radical encore, le juge a retiré à la veuve d’Anicet Ekane le droit de retirer la dépouille de la morgue. Une décision que le Manidem (Mouvement Africain pour la Nouvelle Indépendance et la Démocratie) refuse d’accepter.
Lors d’une conférence de presse tenue la semaine dernière, Valentin Ndongmo, vice-président du mouvement, a fustigé une manœuvre politique. Selon lui, le fils aîné est « instrumentalisé par le gouvernement pour saper et diluer les 54 années de lutte d’Anicet Ekane ». Pour le parti, le régime tente de « nationaliser » des obsèques qui devaient rester militantes.
Le testament politique face au droit du sang
Le cœur du conflit réside dans les dernières volontés de l’illustre disparu. De son vivant, Anicet Ekane avait exprimé le souhait clair que ses camarades politiques pilotent ses funérailles, reléguant la famille au second plan. Valentin Ndongmo, qu’Ekane avait lui-même choisi pour présider le comité d’organisation, dénonce une trahison. Il pointe du doigt « trois frères d’Anicet Ekane qui sous-traitent avec le gouvernement ».
Pourtant, du côté de la progéniture, le son de cloche diffère. L’un des fils tempère les déclarations paternelles. Selon lui, son père aurait réagi sous le coup de l’émotion après l’enterrement de son compagnon Pierre Abanda Kpama, n’ayant pas supporté que « le parti soit largué lors de ses obsèques ». Pour Muna, Sankara et Bomono Ekane, le droit du sang doit primer sur les directives militantes.
Un recours pour tout suspendre
La trêve n’est pas pour demain. Le Manidem a officiellement annoncé son intention d’interjeter appel pour suspendre l’exécution de la décision du TPI de Bonanjo. « Nous allons interjeter appel dans le but de suspendre l’exécution du verdict qui, contre la volonté d’Ekane, autorise son fils à organiser les obsèques », martèle Valentin Ndongmo.
En attendant que la Cour d’Appel se prononce, le corps d’Anicet Ekane reste sous scellés judiciaires à la morgue. Ce blocage prive, pour l’heure, les partisans du « Lion » d’un dernier adieu prévu pour cette fin de semaine. La mémoire de celui qui a consacré plus d’un demi-siècle à la contestation se retrouve, par une ironie du sort, au centre d’une contestation dont personne ne sortira indemne.





