Affaire Martinez Zogo : L’Etat du Cameroun au scanner

Dans cette de l’universitaire et homme politique Vincent Sosthène Fouda notamment sur l’affaire du journaliste assassiné froidement, il met en avant l’importance du peuple dans la construction d’un Etat fort.  
  1. Le miroir brisé de l’État

L’affaire Martinez Zogo agit comme un miroir tendu à toute la société. Un miroir brutal, révélateur, qui ne renvoie plus un visage mais une fracture. Comme l’enseignait Louis Althusser, un État se lit dans ses gestes. Or quels gestes avons‑nous vus ?

Des arrestations improvisées, des procédures théâtralisées, des ministres transformés en huissiers de police, un contre‑espionnage humilié par des mises en scène indignes. Le symbole même de l’État — ce que Basile‑Juleat Fouda appelait la verticalité du sens — s’est fissuré.

Lorsque le commissaire Maxime Eko Eko est arrêté sur la base d’un mensonge fabriqué « au nom du Chef de l’État », ce n’est pas un homme qu’on atteint : c’est l’architecture morale du pouvoir qui vacille.

  1. Le symbole Ekang transformé en décor de roman noir

Pour Paul Ricœur, le symbole n’est pas un simple signe : c’est un lieu de reconnaissance, un espace où se logent mémoire, dignité et monde.Que s’est‑il passé ici ?

Un immeuble Ekang transformé en décor de polar par une romancière, des journalistes barbouzes convoqués pour écrire des scénarios d’inculpation, des mobiles fabriqués pour exciter l’émotion plutôt qu’établir la vérité. Ce n’était plus une enquête. C’était une entreprise de destruction symbolique : celle d’un peuple, d’une histoire, d’une fierté. Car lorsqu’on attaque un symbole, on attaque un imaginaire collectif — et cet imaginaire est le cœur battant d’une communauté.

III. La justice humiliée : quand l’État se déconnecte de lui‑même

Saint Augustin l’a dit avec une lucidité qui traverse les siècles :

« Sans justice, les royaumes ne sont que de grandes bandes de brigands. » La justice n’est ni un rituel administratif, ni un spectacle, ni un instrument de vengeance. Elle est la condition même de l’État. Or que voyons‑nous ?

Des communications des commandos assassins déconnectées par les opérateurs, des ministres jouant les officiers de police, un directeur du contre‑espionnage piégé comme un passant. Ce ne sont pas seulement des téléphones qui ont été déconnectés. C’est l’État lui‑même malheureusement, dans ce qu’il a de plus régalien, de plus républicain, de plus noble.

  1. La vérité travestie : une seconde mort

Vladimir Jankélévitch nous rappelle que la vérité est une exigence infinie, jamais un acquis. Elle se cherche, se conquiert, se mérite. Dans cette affaire, la vérité a été ensevelie sous des récits fabriqués, manipulée par des émotions instrumentalisées, défigurée par des scénarios importés, trahie par des accusations opportunistes. La vérité n’a pas été cherchée. Elle a été mise en scène. Et lorsqu’on met en scène la vérité, on la tue une seconde fois.

  1. Le peuple comme juge suprême

Le peuple n’est ni un décor ni un figurant. Il est le souverain, le co‑constructeur de tout ce qui le touche. Lorsque les institutions se dérobent, lorsque la justice hésite, lorsque l’État se contredit, alors il revient au peuple de rappeler que : la justice n’est pas un privilège, la vérité n’est pas une option, la dignité n’est pas négociable. Un peuple voit.

Un peuple comprend.

Un peuple juge.

  1. Un crime devenu politique

À l’origine, il y avait un crime : un journaliste assassiné pour le faire taire croyons-nous. Mais par la manipulation des récits, par la fabrication des mobiles, par la volonté de détruire un symbole Ekang, ce crime a basculé dans le politique. Non parce que le pouvoir l’a voulu, mais parce certains de ses serviteurs ont décidé , ont voulu en faire autre chose. Et c’est là que tout s’est renversé.

VII. Restaurer le sens, restaurer l’État

Un pays ne tient pas seulement par ses lois. Il tient par le sens que ces lois incarnent. Lorsque le symbole est blessé, lorsque la justice est humiliée, lorsque la vérité est travestie, alors il faut revenir à l’essentiel : au symbole comme lieu de reconnaissance (Ricœur, Basile Fouda), à la justice comme fondement de la cité (Augustin),à la vérité comme exigence infinie (Jankélévitch). Et rappeler ceci : nul État ne peut se construire contre son peuple.

NB : Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement la position éditoriale de 237actu.com.

 

 

 

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