Dans cette analyse du journaliste Albin Njilo, il dresse le tableau des laudateurs de la presse envers Louis Paul Motaze qui annoncent que le Cameroun a remboursé une grosse partie de sa dette et pourtant les revues spécialisées en économie annoncent des chiffres contraires.
Au moment même où le ministre des Finances est célébré par certains journaux acquis à sa cause, Globeleq/KPDC et DPDC (centrale de Dibamba) ont réduit leur contribution de 330 MW injectés dans le Réseau Interconnecté Sud, soit près de 40 % de l’offre énergétique desservant les régions du Littoral, de l’Ouest et une partie du Centre. Le motif avancé est une dette estimée à environ 170 milliards de FCFA, accumulée depuis la fin de l’année 2025.
Le paradoxe du ministre des Finances
Impuissant face aux délestages qui paralysent le pays depuis plusieurs jours, le ministre de l’Énergie ne cache plus ses difficultés. Il se tourne désormais vers le ministre des Finances, présenté dans les médias comme celui qui règle les arriérés de dettes.
Les conséquences sont immédiates. L’usine de production de ciment de Figuil, unique unité de ce type dans le Grand Nord, a dû suspendre ses activités. Cimencam ne peut plus produire normalement faute d’approvisionnement énergétique, et les employés ont été placés en congé technique.
Autre conséquence des délestages sévères dans plusieurs villes du pays : la pénurie d’eau. Les stations de production et de pompage d’eau étant fortement dépendantes de l’électricité, les interruptions de courant perturbent directement l’approvisionnement des populations.
Industrialisation : ils ont trahi le chef de l’État.
La Banque africaine de développement vient de publier un classement des pays africains les plus industrialisés. On y retrouve plusieurs États d’Afrique subsaharienne francophone, notamment la Côte d’Ivoire et le Sénégal, des pays qui, jadis, étaient loin derrière le Cameroun sur ce plan.
Plus encore, au sein de la CEMAC, le Gabon et la Guinée équatoriale devancent désormais le Cameroun.
De quel Cameroun parle-t-on ?
En 1972, le Cameroun, à travers Milcam, fabriquait des batteries et des piles. Le pays exportait vers l’Afrique de l’Ouest des allumettes, du papier et divers produits plastiques. Le Cameroun produisait également des clous, des vis et des écrous. À Douala, on assemblait des scooters et des vélos ; des chaussures de toutes sortes étaient fabriquées localement. Le tissu industriel camerounais figurait parmi les plus performants d’Afrique, au point de servir de modèle à certains pays devenus plus tard des dragons asiatiques.
L’industrie, c’est l’énergie électrique.
En 2011, Paul Biya a accéléré le processus de nationalisation du patrimoine hydroélectrique. Un an plus tard, le pays lançait simultanément les chantiers de trois barrages hydroélectriques : Lom Pangar, Memve’ele et Mekin. En 2013, le gouvernement annonçait que le Cameroun franchirait la barre des 3 000 MW de capacité installée dès 2015.
Entre 2012 et 2022, le Cameroun a investi plus de 1 500 milliards de FCFA dans la production d’énergie électrique, mais peine encore à atteindre 1 700 MW de production nationale. Entre surfacturations présumées et projets mal conçus, deux barrages, Memve’ele et Mekin, ont coûté plus de 500 milliards de FCFA et ne produisent qu’environ 90 MW à plein régime.
L’actuel ministre des Finances était président du comité de pilotage du projet de Mekin, initialement prévu pour produire 15 MW. Le projet a finalement coûté plus de 105 milliards de FCFA, notamment en raison des dégâts causés lors de la mise en eau, dégâts attribués à l’insuffisance des études environnementales.
C’est également le ministre des Finances qui a piloté le projet de Memve’ele. Après un investissement estimé à 420 milliards de FCFA, il est apparu que le débit du fleuve Ntem ne permettait pas d’atteindre les capacités de production initialement annoncées.
Albin Michel Njilo
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