Dans la correspondance N° 26-05595/MINESUP/IGS/DDES/nrb du 22 juin 2026, le Ministre d’État, Ministre de l’Enseignement Supérieur a autorisé la mise en service de 77 assistants à l’Université de Buea dans le cadre des remplacements numériques, alors que l’appel à candidatures ne prévoyait que 29 postes. Ce surplus de personnels recrutés, bien que socialement salutaire, est juridiquement attaquable et traduit un mépris flagrant de la transparence dans ce processus. Il s’agit là, pourtant, d’un seul aspect des actes illégaux souvent observés dans notre fonction publique. Dans cette tribune, Dr Sandjong Sani relève quelques cas et en dégage les répercussions.
Dans l’administration, de nombreux actes de violation des textes réglementaires passent inaperçus ou semblent être banalisés par les usagers. Au-delà des faits de corruption et de favoritisme souvent décriés par plusieurs observateurs, il devient habituel de constater des décisions prises par nos dirigeants qui s’éloignent de la légalité ou s’inscrivent dans une dynamique d’opportunisme politique ou de gouvernance par embuscade. Elles sont parfois initiées au plus haut sommet de l’État à l’instar des récents recrutements spéciaux de personnels souvent autorisés sans planification apparente, avec des répercussions négatives souvent négligées. Ces pratiques s’avèrent dommageables pour le développement du pays et préjudiciables aux citoyens, qui finissent par les subir dans la résignation. Cette sorte de crise de légalité est notamment perceptible dans les recrutements au sein de la fonction publique. Quelques faits relatifs à ces décisions illégales érigées en normes sont ici identifiés, ainsi que des exemples des répercussions qu’ils occasionnent dans la gouvernance actuelle du pays.
1- Absence d’une politique rigoureuse de planification des recrutements dans la fonction publique pour la satisfaction des intérêts politiciens : les recrutements spéciaux
Les textes permanents et organiques de la fonction publique camerounaise ne prévoient pas, n’organisent pas, et ne mentionnent nulle part les « recrutements spéciaux ». Les textes qui autorisent et encadrent actuellement ces recrutements ne sauraient constituer le cadre légal d’une politique publique en la matière. Il s’agit donc de décisions politiques conjoncturelles nécessitant des actes extérieurs au droit permanent de la fonction publique. L’État gèle ou réduit significativement les intégrations ou les contractualisations pendant des années, abandonnant des milliers de diplômés à la précarité, avant de lancer des vagues plus ou moins massives de recrutements à l’approche d’échéances électorales ou pour calmer les tensions sociales. Cette navigation à vue et cette absence de planification structurelle ouvrent la porte à de nombreuses conséquences dans notre gouvernance :
– l’impact direct sur la politique budgétaire de l’État, nécessitant souvent des réajustements d’urgence pour assurer le paiement des salaires ;
– les goulots d’étranglement liés au surplus de dossiers administratifs de prise en charge financière à traiter ;
– le sacrifice des générations n’ayant pas eu la chance de bénéficier de ces vagues d’opportunités de recrutement ;
– la négligence de la professionnalisation lors de l’admission dans certains corps de métiers ;
– le flux important de profils inadéquats dans le cadre de ces recrutements massifs ;
– concernant les recrutements spéciaux dans l’enseignement supérieur : l’accélération artificielle des soutenances de thèses de Doctorat/PhD pour favoriser les dépôts de candidatures (avec pour corrélation la baisse de la qualité scientifique, la complaisance, l’asphyxie et la corruption des jurys) ; l’exclusion injuste de certaines candidatures de fonctionnaires dans l’optique d’une prétention absurde de réduction du chômage au mépris de la méritocratie stricte ; et l’opacité des grilles de notation ou le non-respect des critères de sélection entraînant régulièrement des contestations.
2- Violation des dispositions réglementaires et de l’éthique académique dans les recrutements par remplacement numérique dans certaines universités d’État
Plusieurs institutions universitaires se sont illustrées ces dernières années par des violations des dispositions légales et des règles de l’éthique académique relatives aux recrutements par remplacement numérique. Il était récurrent d’observer des manœuvres de restriction ou d’exclusion des candidats par des diffusions tardives ou des dissimulations des communiqués d’appels à candidatures, suivies de publications confidentielles des résultats.
Ces actes ne garantissant pas l’intégrité du système académique ayant été dénoncés, il faut saluer le rappel réglementaire y relatif dans une correspondance adressée aux Recteurs et Vice-Chancellors des Universités d’État en date du 08 mai 2026.
Toutefois, le recrutement récent de 77 assistants à l’Université de Buea (correspondance N° 26-05595/MINESUP/IGS/DDES/nrb du 22 juin 2026), à la suite d’un appel à candidatures prévoyant initialement 29 postes à pourvoir, montre la persistance de manœuvres frauduleuses manifestement illégales. Plusieurs failles juridiques peuvent d’ailleurs y être identifiées, constituant des motifs solides d’annulation de ces résultats devant le tribunal administratif : le détournement de pouvoir ou la clandestinité institutionnelle (ajout de 48 candidats surnuméraires sans aucune mise en concurrence publique), le détournement de profil (candidats admis issus de spécialités jamais publiées), et un vice de procédure radical (candidats retenus dans des établissements qui ne figuraient absolument pas dans l’appel à candidatures initial).
3- Autorisation implicite des accords d’embauche fictifs
Le recrutement inconditionnel des auditeurs libres des Écoles Normales Supérieures (ENS) dans la fonction publique est une autre entorse à l’État de droit, consentie sur l’autel de la paix sociale. En effet, pour une admission dans les ENS en tant qu’auditeur libre, un soutien ou une promesse d’embauche d’un employeur du secteur privé est normalement requis (très souvent des établissements privés laïcs ou confessionnels). C’est un engagement dont la portée juridique ne doit pas être négligée. Sauf à mépriser les règles de l’État de droit, la rupture d’un tel engagement ne saurait être unilatérale. L’État, en autorisant un recrutement inconditionnel sur titre de ces auditeurs libres à la fin de leur formation, crée ainsi un précédent dangereux de légitimation d’accords fictifs.
Nos autorités ont le devoir de s’assurer en permanence du respect strict des cadres réglementaires concernant les procédures de recrutement dans notre fonction publique. Tout en envisageant des réformes des textes qui prendraient en compte les mutations de notre société et accentueraient notre développement, elles devraient s’investir dans une planification rigoureuse des accès aux emplois étatiques sur la base de données scientifiques. Le clientélisme, les calculs politiciens, les tripatouillages de quotas, l’opacité des critères et les régularisations de complaisance sont des tares à extirper d’urgence des processus de recrutement pour s’assurer en permanence d’un bon niveau qualitatif des ressources humaines au service de l’État. Il faut de ce fait souhaiter l’arrêt des recrutements spéciaux tels qu’ils sont pratiqués aujourd’hui, en dehors de tout cadre légal permanent. Il faut les soumettre à un texte précis fixant les motifs, les conditions et les limites, avec la mise en place d’une instance de suivi et de contrôle. Ainsi encadrés, ils cesseraient d’être l’instrument d’un opportunisme politique déguisé ayant des conséquences fâcheuses. Il convient parallèlement d’augmenter les effectifs des intégrations ou des contractualisations normales dans l’hypothèse de disponibilités budgétaires favorables. L’éthique républicaine, la méritocratie stricte et la transparence sont consubstantielles à toute véritable politique de développement. La modernisation de la fonction publique camerounaise gagnerait à rompre radicalement avec ce naufrage réglementaire où se mêlent navigation à vue, ruse administrative et opportunisme politique.






2 Responses
Une très belle lecture de la chose! On se demande si le gouvernement ne voit pas la chose venir de loin ou bien c’est le jeux d’acteur dans 《le filme du pays》!
Je me demande pourquoi les autres universités ne peuvent pas diffuser les listes du remplacement numérique c’est le cas à bertoua ebolowa et autres c’est vraiment très bizarre cette façon de faire
Très bonne analyse de la par du Dr Sani merci bien.