Affaire Martinez Zogo: le colonel Otoulou accable Amougou Belinga devant le tribunal militaire

Le procès de l’assassinat du journaliste Martinez Zogo a connu un nouveau rebondissement mardi devant le Tribunal militaire de Yaoundé. Entendu comme témoin de l’accusation, le colonel Jean-Pierre Otoulou, ancien commandant de la légion de gendarmerie du Centre, a livré un récit détaillé des premières investigations, mettant en cause l’homme d’affaires Jean-Pierre Amougou Belinga, l’ancien directeur général de la DGRE Léopold Maxime Eko Eko et l’ex-directeur des opérations Justin Danwe. Les faits sont rapportés par le média StopBlaBlaCam (SBBC).

Selon le colonel Otoulou, qui dirigeait les premières investigations après la découverte du corps de Martinez Zogo en janvier 2023, son équipe avait déjà réalisé près de 80 % de l’enquête avant que le dossier ne soit confié à la commission mixte gendarmerie-police mise en place sur instruction du chef de l’État.

Eko Eko aurait orienté les enquêteurs vers Amougou Belinga

À la barre, le colonel a expliqué que les premiers soupçons visaient Justin Danwe. Lors de son audition, ce dernier aurait d’abord affirmé avoir agi sur instruction de Léopold Maxime Eko Eko, tout en soutenant ne pas connaître Jean-Pierre Amougou Belinga.

Mais lorsque Jean-Pierre Otoulou contacte directement l’ancien patron de la DGRE, celui-ci lui aurait lancé une phrase qui marquera la suite de l’enquête :

« Ne me dérangez pas. Demandez à Amougou Belinga et à Danwe ce qu’ils ont fait. »

Toujours selon le témoignage rapporté par SBBC, Eko Eko aurait ensuite transmis aux enquêteurs un enregistrement audio dans lequel Amougou Belinga évoquait Justin Danwe comme étant « sa personne » à la DGRE. Le même enregistrement contiendrait également une autre déclaration attribuée à l’homme d’affaires : « Même Eko Eko, c’est ma personne. »

« C’est mon ami à la DGRE »

Le colonel Otoulou a toutefois reconnu qu’au départ, aucun élément matériel ne mettait directement en cause Jean-Pierre Amougou Belinga.

« Je n’avais rien sur Amougou Belinga. C’est la déclaration d’Eko Eko qui m’amène chez lui », a-t-il déclaré devant le tribunal.

Convoqué par les enquêteurs, l’homme d’affaires aurait minimisé son conflit avec Martinez Zogo, tout en reconnaissant entretenir une relation de proximité avec Justin Danwe.

Selon le témoignage du colonel, Amougou Belinga aurait déclaré :

« C’est mon ami. Il me donne souvent des renseignements qui me permettent de gagner des marchés à l’extérieur. C’est mon ami à la DGRE. »

Justin Danwe change de version

L’un des moments les plus marquants de cette audience concerne la confrontation organisée entre Justin Danwe et Jean-Pierre Amougou Belinga.

D’après le colonel Otoulou, Justin Danwe aurait finalement reconnu connaître personnellement l’homme d’affaires, avant d’affirmer que celui-ci lui aurait demandé de « faire taire » Martinez Zogo lors d’une rencontre organisée à sa résidence de Mvan.

Le témoin a également rapporté que plusieurs réunions se seraient ensuite tenues à l’immeuble Ekang afin de préparer l’opération. Justin Danwe aurait affirmé avoir reçu des sommes d’environ 500 000 FCFA après certaines de ces rencontres.

Toujours selon les déclarations rapportées devant le tribunal, après l’opération, Danwe serait revenu informer Amougou Belinga de son exécution. Celui-ci aurait répondu : « J’attends de voir le résultat », puis, après la découverte du corps du journaliste : « Il méritait sa punition. »

Le téléphone disparu revient dans les débats

Autre élément évoqué lors de cette audience : la disparition d’un iPhone appartenant à Jean-Pierre Amougou Belinga.

Le colonel Otoulou a déclaré que cet appareil aurait été dissimulé par l’une des épouses de l’homme d’affaires avant d’être récupéré ultérieurement. Ce point fait écho aux précédentes déclarations de l’expert en cybercriminalité Jean-Pierre Ouloumou, qui avait indiqué qu’un téléphone attribué à Amougou Belinga demeurait introuvable.

La défense attendue

Le témoignage du colonel Jean-Pierre Otoulou constitue l’un des récits les plus détaillés entendus depuis l’ouverture du procès. Toutefois, ces déclarations sont celles d’un témoin de l’accusation et ne valent pas, à ce stade, constat de culpabilité. Elles devront être examinées au cours des débats contradictoires, les avocats de Jean-Pierre Amougou Belinga, de Léopold Maxime Eko Eko et de Justin Danwe devant encore les contester devant le Tribunal militaire de Yaoundé.

Partager l'article:
Étiquettes:

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Lire sur mobile

QR Code
Ne perdez plus rien, recevez le résumé de l'actualité quotidienne, directement dans votre courriel.

Vous êtes désormais inscrit à notre newsletter, merci de faire partie de notre auditoire!

Dans la même catégorie:

La Cameroon Radio Television (CRTV) est une nouvelle fois frappée par le deuil. Le média à capitaux public camerounais vient de perdre l’une de ses

Le 13 juillet 2026, l’ancien ministre Issa Tchiroma Bakary a annoncé le dépôt de deux plaintes pénales en Suisse concernant la répression des manifestations post-électorales

Le recours aux injections de produits de comblement corporel par des influenceuses, sans formation médicale, suscite une vive controverse au Cameroun. Si le débat sur

Le procès de l’activiste André Blaise Essamas’est poursuivi ce lundi devant le Tribunal militaire de Douala. Après l’ouverture des débats, l’affaire a été renvoyée au

Invité de Club d’Élites sur Vision 4, l’économiste estime que ceux qui ont favorisé l’arrivée de Samuel Eto’o à la présidence de la Fecafoot ne

La bataille juridique autour du retour de Maurice Kamto à la tête du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) prend une nouvelle tournure. Face