Depuis la Suisse, Paul Biya confie les clés de l’armée au général Hippolyte Ebaka

Paul Biya a nommé ce général de division au poste de major-général des armées. Si René Claude Meka reste chef d’état-major, la santé défaillante de ce dernier fait donc d’Hippolyte Ebaka le numéro un officieux de l’armée camerounaise.

Depuis la Suisse, où il poursuit un séjour privé controversé depuis le 7 juin dernier, Paul Biya a procédé à un remaniement très commenté au plus haut niveau de l’armée camerounaise.

Dans une série de décrets, le président du Cameroun a accordé plusieurs nominations au grade de général et a surtout décidé de la nomination d’Hippolyte Ebaka au poste de major-général des armées, qu’il cumule avec celui de major-général de l’armée de terre.

Qui est le général de division Hippolyte Ebaka ?

Ebaka est né le 23 août 1953 à Bibey, dans la Haute-Sanaga. C’est un pur produit de l’École militaire interarmes (Emia), dont il sort diplômé de la 10ᵉ promotion en 1977. Il complète cette formation initiale par un brevet supérieur d’état-major obtenu au prestigieux US Army Command and General Staff College, dans le Kansas.

En 1994, il accède à un premier poste important : celui de chef d’état-major de la Garde présidentielle, l’unité chargée de la sécurité des plus hautes institutions du pays. Il est alors le subordonné du colonel Titus Ebogo, qui a dirigé cette unité d’élite de sa création en 1985 – elle prenait alors la suite de la Garde républicaine, réformée après la tentative de putsch de 1984 – jusqu’en 1999.

Six ans plus tard, il devient commandant du Centre de perfectionnement et d’entraînement des forces armées de Ngaoundal, ce qui lui vaut le surnom de « formateur de Ngaoundal ». Puis il est nommé en 2003 commandant du Bataillon blindé de reconnaissance (BBR) à Douala. Et, en 2007, commandant de l’opération Delta à Bakassi.

L’officier est alors chargé de sécuriser la péninsule frontalière avec le Nigeria. Il est ensuite rapatrié à Yaoundé, à l’état-major des armées, où il devient sous-chef en charge des opérations. Passé par la garde présidentielle directement rattachée à Paul Biya, mais aussi par les terrains d’opération de l’Ouest, il est, en 2010, l’une des étoiles montantes de l’armée.

Une ascension remarquée dès 2010

Sa carrière prend un tournant symbolique en décembre 2010, lorsqu’il dirige les troupes à l’occasion du défilé du Cinquantenaire des armées à Bamenda. Une exposition qui précède de peu sa promotion au grade de général de brigade, début 2011. Il disparaît ensuite des radars médiatiques, restant l’un des discrets cadres de l’état-major à Yaoundé.

Hippolyte Ebaka, devenu général de division, est d’ailleurs nommé en juillet 2025 conseiller au ministère de la Défense pour les questions de logistique. Un peu plus d’un an plus tard, en août 2026, il accède à la fonction de major-général des armées, qu’il cumule avec celle de major-général de l’armée de terre.

Il remplace le général Hector Marie Tchemo, admis en deuxième section, l’équivalent d’une mise à la retraite. Ce mandat fait officiellement d’Ebaka le numéro deux des forces de défense camerounaises, juste derrière René Claude Meka, chef d’état-major des armées. Celui-ci est toutefois largement diminué par des soucis de santé.

Une nomination stratégique dans une période de tensions

Paul Biya, lui-même nonagénaire et affaibli, s’est montré réticent à mettre à la retraite le fidèle René Claude Meka, pourtant absent de son poste depuis le premier trimestre 2026. Mais le chef de l’État s’est donc assuré de la nomination comme numéro deux d’un officier sans doute mieux à même d’assumer physiquement et opérationnellement la charge du commandement, même si Hippolyte Ebaka a 73 ans.

Si le profil militaire d’Ebaka n’est pas contesté, le choix de Paul Biya a d’ores et déjà été très commenté. Hippolyte Ebaka, originaire de la Haute-Sanaga, dans le Centre, remplace ainsi un Camerounais de l’Ouest, Hector Marie Tchemo, tandis que le général Meka, qui reste en poste, vient du Sud, la région d’origine du président de la République.

Cette nomination intervient alors que le pouvoir de Paul Biya est fragilisé depuis l’élection présidentielle contestée d’octobre 2025. Une situation aggravée par les inquiétudes sur l’état de santé du président camerounais – en séjour de soins en Suisse depuis le 7 juin – et les rivalités entre clans rivaux au sommet de l’État. Voir moins

 

Ref : Jeune Afrique

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