Le journaliste dans cette sortie sous la forme d’une missive pense clairement que l’Église demeure la voix des sans-voix, l’incarnation de la justice, de la vérité et la défense des plus faibles.
« À Pape Léon
Très Saint-Père,
À la vérité, beaucoup de Camerounais peinent à comprendre le sens de votre visite annoncée au Cameroun. Dans un pays où des millions de citoyens vivent sans accès régulier à l’eau potable, plongés dans l’obscurité faute d’électricité, écrasés par la pauvreté et le silence imposé, votre présence suscite plus d’interrogations que d’espérance.
N’avez-vous pas pitié du peuple de Dieu installé sur cette terre meurtrie ? Celui qui souffre, qui peine à se soigner, à se nourrir, à s’exprimer librement ? Beaucoup redoutent que votre venue ne soit perçue comme une bénédiction offerte à ceux qui prévariquent la fortune publique, à ceux que l’on accuse de maintenir le peuple dans la misère et la peur.
L’Église a toujours été, dans l’histoire, la voix des sans-voix. Elle a incarné la justice, la vérité et la défense des opprimés. Pourtant, aujourd’hui, une partie de l’opinion estime que votre déplacement risque d’être interprété comme un soutien implicite aux gouvernants, plutôt qu’un réconfort pour les pauvres.
Très Saint-Père, le peuple camerounais n’attend pas des honneurs protocolaires ni des messes solennelles au bénéfice des puissants. Il attend un message clair, courageux, prophétique. Il attend que l’Église se tienne aux côtés de ceux qui pleurent, qui étouffent, qui n’ont plus la force de crier leur détresse.
Si vous venez, venez pour les oubliés. Venez pour rappeler que la dignité humaine ne se négocie pas, que la vie d’un citoyen vaut plus que tous les intérêts politiques, que gouverner est un service et non une domination.
L’histoire retiendra les silences comme les paroles. Elle retiendra aussi ceux qui auront choisi de se tenir du côté du peuple.
Adolarc Lamissia
Journaliste et citoyen engagé »





