Affaire Lycée technique de Nsam : La lettre de Charles Armel Mbatchou au Minesec

Dans cette lettre du journaliste ; il demande le renvoi de la tenue du conseil de discipline extraordinaire prévu ce lundi 26 octobre 2026, pour que  l’enquête policière et administrative livre ses conclusions définitives sur l’affaire du lycée technique de Nsam.

Objet : Demande de sursis au conseil de discipline extraordinaire du Lycée technique bilingue de Nsam et organisation d’une séance d’écoute avec les élèves

Madame le Ministre,

 

Je m’adresse à vous publiquement, avec la gravité que commande la situation et le respect dû à votre charge, au sujet des événements survenus au Lycée technique bilingue de Nsam, à Yaoundé.

Un élève a perdu la vie dans un accident de la circulation aux abords de l’établissement. Dans les heures qui ont suivi, la douleur, la confusion et la rumeur ont fait basculer la communauté scolaire dans la violence. Aujourd’hui, onze élèves sont convoqués avec leurs parents devant un conseil de discipline extraordinaire fixé au **lundi 26 octobre 2026**, pour des faits présumés de mouvement d’humeur, d’incitation à la rébellion, de violence et de destruction de biens publics et privés.

Je ne conteste ni la gravité des destructions, ni le droit de l’institution à faire respecter son autorité. Je vous écris pour dire que cette procédure, engagée avant que la vérité ne soit établie, risque de manquer son but.

Ce qui n’est pas encore éclairci

À ce jour, les circonstances exactes de l’accident n’ont fait l’objet d’aucune conclusion oú d’un rapport rendu publique. Les versions officielles elles-mêmes ne se recoupent pas parfaitement : l’une indique que l’élève décédé ne serait pas celui qui avait été renvoyé le matin pour une coiffure non conforme ; l’autre évoque une « rumeur infondée » du décès d’un élève nommément désigné. Une famille attend de savoir comment son enfant est mort. Des centaines d’élèves attendent qu’on leur dise ce qui s’est réellement passé.

Dans ces conditions, sanctionner avant d’expliquer revient à répondre au désordre avant de répondre à la mort. Les responsabilités individuelles, quant à elles, restent à établir : on ne désigne pas onze mineurs au sein d’un mouvement de foule sans éléments probants, recoupés et contradictoires.

Ce que les textes prévoient, ce n’est pas d’abord punir, c’est écouter Mme le ministre.

Temps 1 : La cellule d’écoute d’urgence (72 heures). Écoute active, sans jugement. On laisse les élèves, les enseignants, les surveillants dire leur peur. On nomme les morts. On adresse enfin des condoléances aux familles.

Temps 2 : Le cercle restauratif. On met autour d’une même table, sans uniforme ni galon, élèves délégués, administration, parents. Chacun répond à trois questions : Qu’est-ce qui s’est passé pour toi ? Qu’est-ce que tu as ressenti ? De quoi aurais-tu besoin pour réparer ?

Temps 3 : La réparation symbolique. Au lieu de seulement payer les vitres, les élèves participent à la reconstruction. Ils repeignent la salle qu’ils ont saccagée. Ils organisent une journée d’hommage aux disparus. On transforme la culpabilité en responsabilité.

C’est cela, la justice restaurative. Elle a les taux de récidive les plus faibles au monde.

Mme le ministre

Les émeutes scolaires ne naissent presque jamais de rien. Elles révèlent un terrain de frustrations accumulées : sentiment d’arbitraire face à certaines sanctions, défiance envers l’administration, inquiétude pour la sécurité aux abords des établissements, absence de canal où la parole des élèves puisse s’exprimer avant d’éclater. La rumeur ne fait que mettre le feu à une matière déjà sèche.

 

Réprimer cette colère sans l’entendre, c’est la condamner à revenir, plus forte, ailleurs.

Ma demande

Madame le Ministre, je vous demande respectueusement mais fermement :

  1. De surseoir au conseil de discipline extraordinaire du 26 octobre 2026, jusqu’à ce que les circonstances de l’accident aient été officiellement éclaircies et que l’identité de la victime ait fait l’objet d’une communication claire et unique.
  2. D’organiser, dans les meilleurs délais, une séance d’écoute et de dialogue réunissant des représentants des élèves, des parents, de l’équipe éducative et de votre administration, afin que les élèves puissent exposer l’ensemble de leurs frustrations : sécurité routière, règlement intérieur, conditions d’études, rapports avec l’encadrement.
  3. De faire publier les conclusions de l’enquête sur l’accident, afin que la famille endeuillée et la communauté scolaire obtiennent enfin les réponses auxquelles elles ont droit.
  4. De garantir aux élèves concernés, le moment venu, une procédure équitable : griefs individualisés, présence des parents, droit à la défense, proportionnalité des sanctions et prise en compte de leur statut de mineurs.
  5. De faire examiner les conditions de l’intervention des forces de maintien de l’ordre dans l’enceinte de l’établissement.
  6. De prescrire des mesures concrètes de sécurité routière aux abords du lycée : signalisation, ralentisseurs, passages protégés, présence d’agents aux heures d’entrée et de sortie.
  7. D’instituer un protocole de communication de crise dans les établissements, pour que la rumeur ne soit plus jamais la première information disponible.

Une occasion d’autorité éclairée

Entendre n’est pas céder. Surseoir n’est pas renoncer à sanctionner. Une autorité qui écoute avant de punir gagne en légitimité ce qu’elle semble concéder en rigueur. Vous avez aujourd’hui la possibilité de transformer une crise en moment de refondation du dialogue entre l’école et ses élèves.

La justice scolaire ne peut pas précéder la vérité. Je sais, Madame le Ministre, que vous mesurez ce que représente la mort d’un enfant pour une communauté éducative. C’est pourquoi j’ose espérer que cet appel sera entendu.

Dans l’attente de votre décision, je vous prie d’agréer, Madame le Ministre, l’expression de ma haute considération.

 

Charles Armel Mbatchou

Journaliste, analyste politique, chroniqueur et historien d’art

 

Partager l'article:
Étiquettes:

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Lire sur mobile

QR Code
Ne perdez plus rien, recevez le résumé de l'actualité quotidienne, directement dans votre courriel.

Vous êtes désormais inscrit à notre newsletter, merci de faire partie de notre auditoire!

Dans la même catégorie: ,

Au Tribunal militaire de Yaoundé, l’officier supérieur Parfait Ayissi Nanga, ancien chef du groupement de gendarmerie du Mfoundi, affirme avoir échappé à une tentative d’assassinat

Paul Atanga Nji a annoncé lundi un renforcement des mesures de sécurité dans la région du Centre et à Yaoundé, siège des institutions républicaines, afin

La 70e cérémonie du Ballon d’Or, organisée le 26 octobre à Londres, a récompensé plusieurs figures du football masculin et féminin. Harry Kane et Alexia

L’attaquant du Bayern Munich a remporté, lundi 26 octobre à Londres, le premier Ballon d’Or de sa carrière. Avec 73 buts en 65 apparitions durant

C’est le principal axe de l’éditorial du 24 octobre 2026 dans l’émission Honneur et Fidélité fait par le Colonel Atonfack Guemo chef de la cellule

Lors de son passage comme invité sur Équinoxe TV ce dimanche 25 octobre 2026, Lebon Datchoua a fait une analyse sur les déclarations de Célestin