Prévu ce lundi 5 octobre 2026, le contre-interrogatoire du lieutenant-colonel Dieudonné Bialo au procès de l’assassinat de Martinez Zogo a été reporté d’une semaine. L’absence de ce témoin clé, justifiée par un ordre de mission ministériel, suscite l’ire de la défense qui dénonce une manœuvre dilatoire, replongeant l’audience dans une vive tension procédurale.
Le prétoire du tribunal militaire de Yaoundé s’est refermé ce début de semaine sur une nouvelle escarmouche entre parties. L’attente était pourtant vive ce lundi 5 octobre 2026 pour le contre-interrogatoire du lieutenant-colonel Dieudonné Bialo, chef du service central de recherche judiciaire. Un rendez-vous crucial qui n’a finalement pas pu se tenir, l’accusation ayant brandi un ordre de mission couvrant la période du 2 au 8 octobre pour justifier son indisponibilité.
Un coup de théâtre qui n’a pas manqué de faire réagir. Lors des précédentes audiences, les déclarations de cet officier supérieur — portant sur l’exploitation de la vidéosurveillance et le traçage des communications — avaient pesé lourdement dans l’enquête, menant à l’interpellation de plusieurs accusés, parmi lesquels d’anciens hauts gradés de la Direction des renseignements extérieurs (DGRE) comme son ex-patron, Maxime Eko Eko.
La défense s’insurge, la partie civile temporise
Face à ce contretemps, la réaction des conseils des accusés n’a pas tardé. Maître Bougny, avocat de Justin Danwe, a fustigé ce qu’il qualifie de « repli stratégique » destiné à temporiser les débats. Dans la même ligne, Maître Tchoungang, conseil de Jean-Pierre Amougou Belinga, s’est ouvertement interrogé sur l’opportunité pour le ministère de la Défense de dépêcher en mission un témoin déjà officiellement cité et entendu par la justice.
En face, la partie civile tente de calmer le jeu. Maître Kemoe a appelé à ne pas « grossir les traits », qualifiant ce renvoi de péripétie procédurale normale au service du bon déroulement des débats. Après avoir recueilli les observations de chaque camp, le président du tribunal a tranché, fixant le contre-interrogatoire à une semaine.
Un feuilleton judiciaire sous le regard de l’opinion
Cette nouvelle péripétie rappelle la complexité et la sensibilité de ce dossier hors norme. Pour mémoire, l’affaire remonte à janvier 2023, date de la découverte maculaire du corps sans vie de l’animateur radio Martinez Zogo, enlevé et torturé à Yaoundé. L’information judiciaire menée par le juge militaire a conduit au renvoi de dix-sept détenus devant la justice, dont des figures de premier plan telles que Léopold Maxime Eko Eko, Justin Danwe, Jean-Pierre Amougou Belinga et le maire Stéphane Martin Savom, pour un procès sur le fond amorcé en septembre 2025.
Au-delà des joutes oratoires du prétoire, cet épisode illustre la fragilité des équilibres dans un procès ultrasensible où chaque incident de procédure est scruté à la loupe. À mesure que les semaines s’égrènent, l’exigence d’un procès équitable et serein demeure l’attente cardinale d’une opinion publique camerounaise en quête de vérité.





