Cameroun et le Saint-Siège : Qu’est ce qui les lie ?

Le Père Alain NDZANA dans cette sortie revient sur les relations qui réunies les deux Etats notamment l’Accord-cadre du 13 janvier 2014.

Sur la forme, cet accord, signé à Yaoundé le 13 janvier 2014 en deux exemplaires originaux rédigés en langues française, anglaise et italienne — les trois versions faisant également foi —, est un document relativement concis composé de neuf articles répartis sur cinq pages. Il fut signé, pour la République du Cameroun, par S.E. Pierre Moukoko Bondjo, alors ministre des Relations extérieures, et, pour le Saint-Siège, par S.E. Mgr Piero Pioppo, nonce apostolique au Cameroun à cette époque.

La cérémonie de signature s’est déroulée en présence de plusieurs hautes personnalités ecclésiastiques et étatiques, témoignant de l’importance diplomatique et institutionnelle de cet événement. Du côté de l’Église catholique figuraient notamment feu le cardinal Christian Tumi, archevêque émérite de Douala, Mgr Samuel Kleda, archevêque de Douala et alors président de la Conférence épiscopale nationale du Cameroun, Mgr Antoine Ntalou, archevêque de Garoua, Mgr Cornelius Fontem Esua, archevêque de Bamenda, Mgr Joseph Atanga, archevêque de Bertoua, Mgr Jean Mbarga, alors évêque d’Ebolowa et administrateur apostolique de Yaoundé, ainsi que le Père Ervin Lengyel, secrétaire de la nonciature apostolique.

La République du Cameroun était quant à elle représentée par plusieurs membres du gouvernement et hauts responsables diplomatiques, parmi lesquels René Emmanuel Sadi, alors ministre d’État en charge de l’Administration territoriale et de la Décentralisation, Joseph Dion Ngute, ministre délégué auprès du ministre des Relations extérieures chargé de la coopération avec le Commonwealth, Adoum Gargoum, ministre délégué chargé de la coopération avec le monde islamique, Félix Mbayu, secrétaire général du ministère des Relations extérieures, ainsi qu’Antoine Zanga, ambassadeur du Cameroun près le Saint-Siège.

Sur le fond, l’Accord-cadre du 13 janvier 2014 constitue la formalisation juridique des relations entre la République du Cameroun et le Saint-Siège. En renforçant et en clarifiant le statut juridique de l’Église catholique au Cameroun, il apparaît comme une expression solennelle de la liberté religieuse dans l’ordre juridique camerounais. Cet instrument encadre les rapports entre l’Église et l’État en affirmant leur indépendance et leur autonomie réciproques, tout en les engageant à coopérer pour le bien-être moral, spirituel et matériel de la personne humaine ainsi que pour la promotion du bien commun.

Au-delà de sa dimension strictement diplomatique, cet accord institue un véritable régime juridique de reconnaissance de l’Église catholique, en consacrant formellement sa mission dans les domaines cultuel, éducatif, sanitaire et caritatif. Il reconnaît notamment à l’Église et à ses institutions la personnalité juridique civile, garantit au Saint-Siège la compétence exclusive dans l’organisation interne de l’Église, protège la liberté de l’institution ecclésiale dans l’accomplissement de sa mission pastorale, et encadre les capacités patrimoniales, administratives et associatives des personnes juridiques ecclésiastiques. Il prévoit également la possibilité d’aides publiques aux œuvres de l’Église, l’adoption d’accords complémentaires pour préciser certaines modalités d’application, ainsi que le règlement diplomatique des différends éventuels.

Cet accord reprend d’ailleurs, en les adaptant au contexte camerounais, plusieurs clauses classiques figurant dans d’autres accords conclus entre le Saint-Siège et divers États africains, notamment en affirmant que l’Église peut librement accomplir sa mission évangélisatrice et caritative, que les évêques exercent leur ministère sans ingérence de l’État, et que les institutions ecclésiastiques peuvent fonctionner conformément à leur identité propre dans le respect de la législation nationale.

Dans le contexte camerounais, cet accord a produit un double effet : d’une part, il a consolidé l’image de l’Église catholique comme partenaire institutionnel privilégié de l’État ; d’autre part, il a renforcé son autonomie interne, en particulier dans les domaines moral, disciplinaire et pastoral. À cet égard, des prises de position telles que le décret général du 21 décembre 2023 de la Conférence Épiscopale Nationale du Cameroun (CENC), refusant l’application de Fiducia Supplicans sur la bénédiction des couples homosexuels, peuvent être comprises comme s’inscrivant dans le cadre juridique et institutionnel ainsi consolidé.

En définitive, l’Accord-cadre de 2014 joue un rôle charnière dans les relations entre l’Église et l’État au Cameroun : il garantit à l’Église une réelle liberté d’action sans pour autant instituer un régime de privilège. Il favorise ainsi l’émergence d’une diplomatie ecclésiale responsable, dans laquelle l’Église locale peut intervenir dans l’espace public selon les exigences propres de son enracinement culturel, juridique et pastoral.

Cette autonomie juridiquement garantie permet à l’Église du Cameroun de préserver la cohérence entre sa foi, sa morale et sa mission prophétique au sein de la société. Elle constitue également une clé de lecture essentielle pour mieux appréhender les enjeux institutionnels, pastoraux et politiques de la prochaine visite du pape Léon XIV au Cameroun, prévue du 15 au 18 avril 2026.

 

  Père Alain NDZANA,

Prêtre du Diocèse d’Obala (Cameroun).

 

 

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