La suspension pour trois mois du Front pour le salut national du Cameroun (FSNC), formation d’Issa Tchiroma Bakary, provoque une vive levée de boucliers au sein de l’opposition. Alors que le gouvernement invoque des troubles à l’ordre public post-présidentielle, les autres partis y voient un coup dur porté au pluralisme à l’approche des scrutins locaux, ravivant les tensions sur l’espace démocratique camerounais.
C’est un séisme de plus dans le paysage politique camerounais. Quelques jours après l’annonce, le 27 octobre, de la suspension temporaire du Front pour le salut national du Cameroun (FSNC), la pilule a du mal à passer au sein de l’opposition. Le gouvernement justifie cette sanction de trois mois par des griefs lourds, notamment des appels à l’insurrection et de graves troubles liés à la présidentielle du 12 octobre 2025. Mais pour les observateurs et les partis rivaux, le timing de cette décision interroge et inquiète.
La riposte ne s’est pas fait attendre. L’Union démocratique du Cameroun (UDC), par la voix de Tomaino Ndam Njoya, fustige une mesure aux relents exclusivistes, plaidant pour des élections législatives et municipales rigoureusement inclusives. Un constat partagé par le Manidem, soutien de l’ancien candidat en exil en Gambie, qui qualifie ouvertement la décision de « manœuvre grossière » orchestrée pour neutraliser les adversaires dans les urnes. Du côté du PCRN de Cabral Libii, on monte au créneau pour exhorter le président Paul Biya à reconsidérer cette sanction au nom de l’apaisement national et de la sauvegarde du pluralisme.
Pendant ce temps, la réaction du FSNC ne manque pas de panache. Qualifiant la mesure de « non-événement » et de « grossière mise en scène », le parti d’Issa Tchiroma a rappelé qu’il avait de toute façon acté le boycott des prochaines échéances électorales, jugeant les garanties démocratiques insuffisantes. Contacté, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) a opposé un silence radio, se refusant à tout commentaire.
À l’heure où le Cameroun s’apprête à tourner de nouvelles pages électorales, cette polémique autour du FSNC illustre, si besoin en était, la fragilité persistante du dialogue politique. Entre un pouvoir arc-bouté sur ses prérogatives sécuritaires et une opposition qui crie à l’étouffement des libertés, c’est toute la vitalité de la démocratie camerounaise qui retient son souffle.



