Dans une récente sortie, le cinéaste Jean Pierre Bokolo estime qu’au Cameroun « la seule passion politique qui subsiste s’organise désormais autour d’une figure : Samuel Eto’o
« COMMENT ETO’O REDESSINE LA CARTE POLITIQUE CAMEROUNAISE
Alors que le régime vieillissant de Paul Biya semble avoir eu raison de toutes les oppositions — qu’il s’agisse du MRC de Kamto, de la mouvance plus récente de Tchiroma, ou du SDF désormais réduit à l’ombre de lui-même — une nouvelle dynamique émerge. Toutes ces forces d’opposition, à l’image du pouvoir qu’elles combattent, donnent l’impression d’être en bout de course. Le peuple, lui, ne vibre plus ni pour les uns ni pour les autres.
La seule passion politique qui subsiste s’organise désormais autour d’une figure : Samuel Eto’o. Qu’on le soutienne ou qu’on le combatte, c’est autour de ce clivage que se rejoue l’avenir politique d’un paysage camerounais en quête de militants et de partisans. Aujourd’hui, les deux seuls « partis » capables de mobiliser et de passionner sont les « Eglisiens » et les « Hiboux ». Et curieusement, ces deux camps ont recrutéparmi les rangs du MRC, des Tchiromistes, du PCRN, voire du RDPC.
Si ces militants ne se font plus entendre dans leurs formations politiques respectives — pourtant en pleine actualité, entre députés sans mandats et rumeurs de faux coup d’État — ils sont en revanche très bruyants sur le terrain d’Eto’o. Il faut d’ailleurs saluer la capacité de résistance de ce dernier, malgré l’armada d’influenceurs déployée contre lui.
Le cas le plus intéressant contre Eto’o reste celui de Matthias Eric Owona Nguini, allié de poids du régime comme d’Eto’o. Ce dernier, pour avoir été critiqué par les Eglisiens — le « parti » d’Eto’o — vient d’opérer un retournement spectaculaire sans peut-être en mesurer pleinement la portée. Dans la campagne qu’il mène aujourd’hui contre Eto’o, il a rejoint les Hiboux, le « parti » des anti-Eto’o, souvent assimilés aux anti-Biya. Or, au vu de l’implosion actuelle causée par la personnalité d’Eto’o, ce basculement est en train de refonder complètement le paysage politique camerounais. Il faut rappeler que Matthias Eric Owona Nguini avait déjà mené contre Kamto une campagne similaire à celle qu’il mène aujourd’hui contre Eto’o.
Aujourd’hui, il crée une brèche féconde : celle d’une nouvelle opposition qui pourrait naître des cendres du MRC et de la mouvance Tchiroma. Owona Nguini forge un vocabulaire inédit, pose les bases idéologiques de nouveaux camps, qui devront désormais s’affronter pour la succession. Preuve en est : à cause d’Eto’o, il s’en prend désormais à l’ami de ce dernier, Baboké un allié de son propre parti, le RDPC, et proche de la première Dame Chantal Biya comme lui-même « chantaliste » qu’il accuse gravement, rejoignant ainsi ses adversaires d’hier — pour ne pas dire ses amis d’avant-hier qui ne mesurent peut-être pas encore le basculement. En réalité, croyant répondre à Eto’o c’est désormais Matthias Eric Owona Nguini, un RDPCiste, qui écrit le narratif de la nouvelle opposition camerounaise : les Hiboux.





