Le recouvrement des créances publiques au Cameroun tourne au casse-tête financier. Entre une Opération Épervier dont les résultats stagnent à 5 % et des dossiers judiciaires complexes, l’État peine à récupérer les 778 milliards de FCFA qui dorment dans la nature. Une situation critique qui soulève, plus que jamais, la question de l’efficacité de nos institutions de contrôle face aux puissants débiteurs.
La scène est désormais familière : à Douala comme à Yaoundé, les parcs de la Société de Recouvrement de Créances (SRC) se remplissent, puis se vident au gré des suspensions judiciaires. Le récent bras de fer autour des biens de l’homme d’affaires Gabriel Ebelle Kondo illustre parfaitement cette impasse. Pour l’État camerounais, la mission est simple sur le papier : transformer des actifs saisis en liquidités. Dans les faits, le dossier s’enlise dans les méandres d’un droit complexe où influence et procédures jouent les premiers rôles.
Un gouffre financier à 778 milliards
L’affaire Gaby Nkondo n’est que l’écume des jours d’une crise structurelle. Derrière les saisies médiatisées, le portefeuille global des créances à recouvrer atteint le montant colossal de 778 milliards de FCFA. Pour une économie en quête de marges de manœuvre budgétaires, cette somme représente un manque à gagner abyssal — l’équivalent de plusieurs infrastructures majeures qui manquent cruellement à nos populations.
Le constat est particulièrement amer lorsqu’on dissèque le bilan de l’Opération Épervier. Si les condamnations pécuniaires prononcées par le Tribunal criminel spécial (TCS) visent à restaurer la fortune publique, la réalité comptable est implacable : sur 90,7 milliards de FCFA réclamés aux anciens hauts responsables condamnés, à peine 5,2 milliards ont été reversés dans les caisses de l’État. Un taux de recouvrement de 5,8 % qui sonne comme un échec cuisant. L’argent des détournements, volatilisé dans des montages opaques ou des paradis fiscaux, semble hors de portée.
La SRC sur la sellette
La traque ne s’arrête pourtant pas aux seuls condamnés. La SRC cible désormais les héritiers de grandes fortunes liées aux faillites bancaires des décennies passées, ou encore des entreprises en difficulté. Une stratégie agressive qui, loin de faire l’unanimité, attire les foudres des institutions de contrôle.
La Chambre des comptes de la Cour suprême a, dans ses récents rapports, sévèrement épinglé la gestion de la SRC. Entre surévaluation des créances réellement recouvrables et lenteurs suspectes dans le reversement des fonds au Trésor public, l’institution est elle-même sous le feu des critiques.
Le marteau du commissaire-priseur, suspendu au-dessus des débiteurs VIP, symbolise une lutte inégale. Si la loi se veut ferme, l’influence des réseaux et les défaillances administratives freinent la marche vers une véritable justice économique. Au bout du compte, la question reste entière : qui paiera la note de l’État ? Pour l’heure, les milliards demeurent dans la nature, laissant le citoyen face à un désolant constat d’impuissance financière.




