Face au spectre d’un blackout généralisé d’ici 2027, le ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba, a dévoilé lundi 27 avril 2026 une stratégie de redressement musclée. Entre renationalisation d’actifs stratégiques, lutte frontale contre la fraude et accélération des grands chantiers hydroélectriques, Yaoundé mobilise ses partenaires français pour stabiliser un réseau électrique à bout de souffle et restaurer une souveraineté énergétique chancelante.
L’atmosphère était au pragmatisme, lundi 27 avril 2026, dans les bureaux du ministère de l’Eau et de l’Énergie (MINEE) à Yaoundé. Gaston Eloundou Essomba y a reçu une délégation de haut vol du Service économique régional de l’Ambassade de France. À la tête de ce groupe, Mme Efi Frager, Cheffe dudit service, accompagnée de son adjoint Ibrahim Barry et d’Adrien Rebet, le « Monsieur infrastructures » du pôle sectoriel. Au menu : une plongée sans concession dans les entrailles d’un secteur électrique camerounais qui, malgré les investissements, peine à trouver son équilibre.
Un diagnostic financier à ciel ouvert
Le ministre n’a pas usé de périphrases pour décrire la situation. Le secteur électrique camerounais est un colosse aux pieds d’argile, dont les fondations financières sont sévèrement érodées. Pour stopper l’hémorragie, le gouvernement engage une thérapie de choc. Gaston Eloundou Essomba a ainsi détaillé les leviers activés : une intensification de la traque contre les fraudeurs, des ajustements tarifaires nécessaires et, surtout, une révision structurelle de la gestion.
La pièce maîtresse de ce dispositif reste la reprise en main des outils de production. Le ministre a confirmé que la réponse passait par « la renationalisation de la centrale à gaz de Kribi et le redressement d’Eneo après le départ d’Actis ». Ce retour de l’État dans le cockpit de la production et de la distribution vise à colmater les brèches laissées par le désengagement des capitaux privés internationaux.
2027 : La course contre la montre
L’urgence est dictée par les chiffres. Avec l’explosion des activités minières et l’industrialisation galopante du pays, la demande en électricité grimpe en flèche. Si rien n’est fait, le pays se heurtera à un mur énergétique dès 2027. Pour éviter ce déficit, Yaoundé mise tout sur l’hydroélectricité.
Sur le plan technique, la lumière vient du projet d’interconnexion entre le Réseau Interconnecté Sud (RIS) et le Réseau Interconnecté Nord (RIN). Le ministre a précisé que ce chantier, véritable colonne vertébrale du futur réseau national unifié, est désormais « réalisé à 35 % ». Une étape cruciale qui doit non seulement stabiliser l’offre domestique, mais aussi faire du Cameroun un exportateur régional.
L’eau, l’autre front de bataille
Si l’électricité a dominé les échanges, l’accès au liquide précieux n’est pas resté dans l’ombre. Le programme SEWASH (Sustainable Energy and Water Access in Schools and Health Centers) a été officiellement mis sur les rails. Ce programme ambitieux vise à combler le retard criant en matière d’assainissement et d’accès à l’eau potable, particulièrement dans les zones rurales et les infrastructures sociales.
L’objectif final, martelé par le patron de l’Énergie devant ses partenaires français, est limpide : « remettre durablement le secteur à niveau, sécuriser l’offre énergétique et restaurer une trajectoire financière solide à l’horizon 2027 ».
Pour des analystes, ce « plan choc » est une reconnaissance tacite que le modèle précédent a atteint ses limites. Reste à savoir si les ajustements tarifaires évoqués seront digestes pour les ménages camerounais, déjà éprouvés par le coût de la vie. Une chose est sûre : à Yaoundé, les compteurs tournent et le temps presse.





