Crise post-electorale : trois mineurs oubliés à la prison de New-Bell

Image d’illustration

Huit mois après leur interpellation lors des manifestations post-électorales de 2025, trois adolescents croupissent toujours à la prison de New-Bell. Bien que le tribunal de Bonanjo n’ait retenu aucune charge contre eux, leur libération est bloquée par des exigences financières et matérielles qu’ils sont incapables de réunir. Un cri d’alarme est lancé face à l’état de santé préoccupant de ces jeunes détenus.

Le dossier est un crève-cœur qui interpelle la conscience collective. Alors que la plupart des 130 mineurs arrêtés lors des récentes contestations électorales ont recouvré la liberté, trois d’entre eux demeurent incarcérés dans la capitale économique. Pour ces adolescents, le verdict judiciaire est frappé du sceau de l’impasse : s’ils sont techniquement libres, la justice exige une caution de 100 000 francs CFA et la présentation de deux garants pour acter leur élargissement.

Une condition qui s’apparente à une condamnation de fait. Pour ces jeunes, souvent issus de milieux précaires ou déplacés internes fuyant la crise dans le Nord-Ouest, ces exigences sont inaccessibles.

L’urgence sanitaire et sociale

Le cas de l’un des détenus, âgé de 16 ans, est particulièrement critique. Affaibli par la détention, il a contracté la tuberculose. Selon Philippe Nanga, coordonnateur de l’organisation Un Monde Avenir, ce jeune, arrivé à Douala il y a deux ans pour travailler dans un garage, se retrouve aujourd’hui totalement isolé, sans famille pour porter sa caution ou garantir sa sortie.

Pour ses compagnons d’infortune, la situation n’est guère plus enviable. Si des familles tentent de se mobiliser, les maigres cotisations ne suffisent pas à atteindre le seuil fixé par le tribunal. « Ils ont besoin de prise en charge psychologique pour rattraper ce qu’ils ont subi durant ces huit mois d’incarcération », martèle le défenseur des droits humains, qui appelle à une libération immédiate et inconditionnelle.

Un appel à l’humanité

Alors que les tribunaux de Bonaberi et Ndokoti ont su faire preuve de clémence en libérant certains mineurs sans exiger de caution, la rigueur persistante du tribunal de Bonanjo soulève des questions sur l’uniformité du traitement judiciaire de ces mineurs.

Au-delà de la procédure, c’est le devenir de ces enfants, dont beaucoup étaient scolarisés avant leur arrestation, qui est en jeu. En cette période où le Cameroun cherche à tourner la page des tensions, le sort de ces trois adolescents constitue un test de résilience pour notre système judiciaire et notre humanité commune. La justice, pour être équitable, doit savoir tenir compte de la fragilité des mineurs face aux aléas politiques.

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