Électricité : Célestin Tawamba déballe tout sur la gestion de Louis Paul Motaze

Face à la presse, le président du GECAM, Célestin Tawamba, a dressé un réquisitoire sans appel contre la gestion du secteur énergétique national. Entre près de 1 000 milliards de FCFA engloutis dans des infrastructures sous-performantes et des coûts de production exorbitants, la compétitivité des entreprises locales est lourdement plombée, au moment où les investissements étrangers s’effondrent.

La vérité des chiffres fait mal, mais elle a le mérite de crever l’abcès. Intervenant récemment devant les médias pour exposer les réalités économiques du pays, Célestin Tawamba, le patron des patrons regroupés au sein du GECAM, a mis les pieds dans le plat. Au cœur de son diagnostic : le calvaire énergétique que subissent quotidiennement les entreprises camerounaises.

Un gouffre financier et une compétitivité terrassée

Selon les révélations livrées par le président du GECAM, 65 % des entreprises au Cameroun sont aujourd’hui contraintes de s’éclairer et de faire tourner leurs usines à l’aide de groupes électrogènes. Une béquille onéreuse qui fait grimper le coût de production de l’électricité d’environ 50 FCFA à près de 400 FCFA le kilowatt-heure. Une telle surcharge pèse lourdement sur la trésorerie des unités industrielles et décourage drastiquement les capitaux extérieurs.

Les répercussions sur l’économie ne se font pas attendre. En 2025, le Cameroun n’a capté que 332 milliards de FCFA d’investissements directs étrangers (IDE), enregistrant une chute vertigineuse de près de 25 % par rapport à l’exercice précédent. Un montant dérisoire face à des rivaux sous-régionaux ou continentaux : la Côte d’Ivoire voisine plane à 1,46 milliard de dollars et vise plus de 2 milliards en 2026, tandis que le Tchad lui-même dépasse désormais la barre du milliard de dollars d’investissements annuels.

Le lourd passif des grands projets sous la loupe

Si Célestin Tawamba n’a pas nommément pointé du doigt les têtes dirigeantes, sa radiographie de l’énergie met directement en cause le pilotage et le financement de projets pharaoniques chapeautés à différents niveaux par l’actuel ministre des Finances, Louis Paul Motaze.

Les chiffres donnent le tournis :

  • Lom Pangar : Lancé avec un budget de 240 milliards de FCFA pour doper les débits de la Sanaga et sécuriser les barrages d’Edéa et Song-Loulou, le barrage n’a jamais atteint sa capacité nominale de 6 milliards de m³ d’eau, dix ans plus tard. Pire, l’usine de pied de 30 MW reste inopérante.
  • Memve’ele : Conçu pour 420 milliards de FCFA et une production théorique de 215 MW sur le fleuve Ntem, l’ouvrage livre à peine entre 80 et 120 MW en temps normal, et tombe à zéro mégawatt lors des périodes d’étiage.
  • Mekin : Budgétisé initialement à 25 milliards de FCFA avant de s’envoler à 105 milliards en raison d’impasses techniques et d’une absence criarde d’études d’impact environnemental, ce barrage de 15 MW ne produit qu’environ 10 MW et se retrouve à l’arrêt depuis de longs mois.
  • Le solaire à Nsem : Près de 53 milliards de FCFA mobilisés via la China Exim Bank pour un rendement final inférieur à 1 MW.

Au total, ce sont près de 1 000 milliards de FCFA qui ont ainsi été injectés dans des projets d’envergure. Une piteuse gestion qui contraste cruellement avec cette réalité mathématique : avec seulement 10 % de cette manne financière, le pays aurait pu booster durablement la production de Song-Loulou, doubler la capacité de Lagdo et lancer le chantier de la Menchum Falls.

Une promesse présidentielle à l’épreuve des faits

En filigrane de cette sortie musclée, l’ombre du discours du chef de l’État du 31 décembre 2013 refait surface. Paul Biya y exhortait déjà à s’attaquer aux causes profondes des insuffisances énergétiques en éliminant les doublons et les zones de dispersion, ambitionnant de porter le pays au-delà des 3 000 MW à l’horizon 2015.

Treize ans plus tard, en 2026, malgré l’apport salutaire du privé à travers des projets comme Nachtigal, KPDC, DPDC et les parcs solaires de Maroua et Guider, le Cameroun peine toujours à franchir le cap symbolique des 2 000 MW. Un échec collectif savamment entretenu par des choix stratégiques hasardeux, rappelant que l’émergence économique promise ne se décrète pas dans les discours, mais se bâtit d’abord avec une électricité fiable, transparente et performante.

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