Le verdict est tombé comme un couperet au tribunal du comté de Fulton. Reconnue coupable du double meurtre commis en 2022 dans le quartier chic de Midtown à Atlanta, la ressortissante camerounaise Raïssa Kengne a été condamnée, ce mois de mai 2026, à deux peines de prison à vie consécutives. Malgré une schizophrénie avérée, la justice américaine a balayé l’irresponsabilité pénale, privilégiant la thèse d’une vengeance froide et préméditée.
L’épilogue judiciaire de l’affaire Raïssa Kengne ressemble à un naufrage absolu. Dans une salle d’audience où le silence n’était troublé que par le balancement compulsif de l’accusée sur sa chaise, la juge Shukura L. Ingram a scellé le destin de l’ancienne auditrice financière : la perpétuité réelle, assortie de 50 années de sûreté.
Tout se joue sur une ligne de crête juridique : l’étroite frontière entre la folie et le discernement. Le 4 mai 2026, après seulement une heure de délibération, le jury a rendu un verdict hybride : « coupable mais mentalement malade ». Si la schizophrénie de la Camerounaise est médicalement actée, l’accusation a méthodiquement déconstruit la thèse de l’aliénation totale.
Pour le procureur, le massacre du 22 août 2022 n’était pas l’explosion soudaine d’une psychose, mais un plan de guerre. Trois jours avant d’ouvrir le feu, Raïssa Kengne signait une procuration générale et achetait une arme. Elle avait même dressé une « liste de cibles ». Un témoin épargné rapporte ses paroles glaçantes : elle affirmait alors explicitement qu’elle ne la tuerait pas. Preuve, selon l’accusation, qu’elle « distinguait le bien du mal ».
Du cabinet d’audit au cimetière de Soa
Ancienne employée du cabinet BDO USA, Raïssa Kengne s’était enfermée dans une paranoïa tentaculaire. Elle accusait ses victimes, Michael Shinners et son ex-employeur Wesley Freeman, de complot et de piratage informatique. Convaincue d’être harcelée, elle avait multiplié les procédures civiles avant de voir ses plaintes rejetées.
« On fait avec la réalité qu’on vit », semblait répondre en écho la trajectoire de cette femme sans passé criminel, dont le basculement a été déclenché par le rejet de ses recours judiciaires.
Sa fuite organisée en taxi vers l’aéroport Hartsfield-Jackson juste après les faits a fini de convaincre les jurés de sa lucidité au moment de l’acte. Entre les murs de sa prison américaine, celle qui voyait des espions partout affronte désormais une solitude perpétuelle, loin du Cameroun.






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