Jean-Bruno Tagne dénonce l’empressement jugé indécent de certains candidats à solliciter le soutien de Maurice Kamto à peine sa candidature rejetée. Le journaliste soutient que, malgré son exclusion, Maurice Kamto conserve une forte capacité de mobilisation et demeure un acteur incontournable. Pour JB Tagne, seul un « temps de décence » permettra de bâtir une coalition crédible face à Paul Biya.
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À peine la candidature de Maurice Kamto pour l’élection présidentielle du 12 octobre prochain rejetée, on voit fleurir sur les réseaux sociaux des appels du pied à peine dissimulés de plusieurs candidats l’enjoignant à les soutenir. Comme s’ils étaient impatients que tombe le glaive souillé d’arbitraire de Clément Atangana et compagnie. Peut-on faire plus indécent ?
On ne lui a même pas laissé le temps de digérer cette immonde injustice, de consoler ses camarades éplorés, qui voient tomber à l’eau tous leurs efforts de résistance courageusement menés ces sept dernières années contre un pouvoir déterminé à en découdre avec eux.
Peu ont pris le temps d’une compassion sincère pour Alain Fogue, Bibou Nissack et les autres injustement écroués à Kondengui, pas plus qu’ils n’ont manifesté le moindre respect pour la peine des familles de leurs camarades morts de façon atroce alors qu’ils menaient cette lutte, espérant trouver du réconfort dans une éventuelle élection de leur champion.
Ce qui interpelle c’est que ces appels viennent parfois de ceux qui sont restés étrangement muets quand le candidat du Manidem, abandonné à lui-même, était aux prises avec la machine institutionnelle résolue à l’écarter.
Le temps de décence
Difficile de savoir ce que décidera Maurice Kamto, devenu, du fait de son travail acharné et de son sérieux, le faiseur de roi de la présidentielle du 12 octobre prochain. Même éliminé, il conserve une redoutable capacité de mobilisation, avec cette foule de militants restés fidèles au-delà des circonstances.
Sa première prise de parole après la forfaiture du conseil constitutionnel a été simplement pour lui une occasion de prendre le monde entier à témoin, de pointer la connivence de la communauté internationale avec la dictature et surtout de remercier ses alliés de l’APC et du Manidem pour le courage dont ils ont su faire preuve ces derniers mois.
Ceux qui espéraient une consigne de vote de Kamto sont restés sur leur faim, déçus. Mais franchement, qu’espéraient-ils ? Ces comportements, perçus par beaucoup comme opportunistes, donnent au peuple une image déplorable de la politique et des politiciens. Ils ne sont pas de nature, en tout cas, à mobiliser les électeurs, qui sont en fin de compte les vrais maîtres de ce qui se jouera le 12 octobre. Les différents acteurs ont donc intérêt à faire un petit effort dans leurs approches pour montrer que la politique, c’est bien plus que ces calculs d’arrière-boutique et cet opportunisme cynique.
Un absent très présent
Construire une coalition sérieuse et saine, de nature à renvoyer Paul Biya au village (ce que de nombreux Camerounais souhaitent), impose d’observer un délai de viduité, qui n’est autre que le temps de décence. Ce moment de recul permettrait non seulement de respecter ceux qui viennent d’être injustement écartés, mais aussi de poser les bases d’un rassemblement fondé sur des principes, et non sur des opportunismes.
Le candidat recalé, ses camarades du MRC et ses alliés de l’APC et du Manidem n’ont pas encore dit leur dernier mot. Une chose est sûre, quoiqu’il décide, Maurice Kamto sera l’absent le plus présent de cette élection présidentielle du 12 octobre 2025.
Jean-Bruno Tagne





