« L’acte posé par le Parlement camerounais assombrit davantage l’avenir du pays »

Pour le journaliste, Jean Bruno Tagne, l’adoption par le Parlement de la nouvelle loi portant création du poste de vice-président de la République du Cameroun, est la moment le plus affreux de l’histoire du Cameroun.
« Cameroun : la démocratie mutilée

Le Cameroun a probablement vécu, le 4 avril 2026, l’une des pires journées de son histoire politique. Réuni en congrès à Yaoundé, le Parlement a adopté un projet de loi modifiant la Constitution. Lequel introduit un poste de vice‑président, nommé par le président de la République, chargé de le remplacer et de poursuivre son mandat en cas de vacance. Le texte a été adopté à une écrasante majorité : 200 voix pour, 18 contre.

Puisque la loi a été adoptée et sera bientôt promulguée, Paul Biya pourra, dans les prochains jours, en toute opacité, désigner la personne appelée à diriger le Cameroun en cas de vacance. Une personne dépourvue de toute légitimité populaire. Et l’heureux choisi, inspiré par son prédécesseur, pourra à son tour profiter de sa fonction pour manipuler les futures élections et s’éterniser au pouvoir.

Jour de deuil national, disions‑nous, parce que le peuple a été insulté, méprisé et ignoré tout au long du processus ayant conduit à cette révision constitutionnelle. En 72 heures, l’affaire a été bouclée : de la convocation du Parlement en congrès, le 2 avril, à l’adoption du projet de loi, le 4 avril. Les Camerounais n’ont ni été consultés ni même informés de cette réforme, actée par des députés dont la légitimité est contestable, ou du moins sujette à caution. Souvenons‑nous : leur mandat venait d’être prorogé.

En bout de course, c’est la démocratie qui vient une fois de plus d’être mutilée, comme elle l’a été tout au long du demi‑siècle de règne de Paul Biya. D’ailleurs, où est-il ? Pour une réforme d’une telle gravité, le président de la République n’a pas jugé utile de s’adresser à son peuple pour expliquer – avec quels arguments, d’ailleurs ? – ce qu’on est fondé désormais à considérer comme un véritable coup d’État.

Aucune Constitution n’est figée ni gravée dans le marbre. Paul Biya lui‑même déclarait il y a quelques années que les constitutions ne sont pas ne varietur, pour justifier un précédent assaut contre le texte suprême. Soit. Mais de là à la malmener de façon aussi cavalière que ce triste 4 avril 2026, il y a un pas qu’aucun régime se réclamant de la démocratie ne devrait franchir.

L’acte posé par le Parlement camerounais assombrit davantage l’avenir du pays, qui danse follement au bord du précipice. Il s’agit d’une véritable bombe à fragmentation dont les effets se feront sentir longtemps, et dangereusement.

Il me plaît, pour finir, de m’adresser respectueusement au président Paul Biya, responsable de ce chaos annoncé : Monsieur le président, qu’est-ce que ce pays vous a fait?

Jean-Bruno Tagne »

 

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