« Le boycott des obsèques d’Anicet Ekane est un énième échec collectif de l’opposition »

 L’ancienne présidente nationale de l’Alliance des forces progressistes(AFP) Alice Sadio dans cette tribune pense que le boycott des obsèques de l’ancien Président du Manidem Anicet Ekane s’apparente clairement à un unième échec de l’opposition.

Raisonnons par l’absurde et posons le postulat suivant: C’est le diable qui est derrière l’organisation desdits obsèques (on parle comme ça de l’orphelin du défunt…) ce week-end.

Serait-ce une raison suffisante pour ORGANISER l’humiliation de ce prisonnier assassiné? Serait-ce une raison suffisante pour lui voler son heure de gloire ?

Est-ce  une raison suffisante pour s’immiscer dans les querelles intimes d’une famille, querelles dont nous ne maitrisons ni les tenants ni les aboutissants ?

Muna Ekane qu’on présente au monde comme le diable incarné ne fait son apparition publique en « front line » qu’aux lendemains de l’incarcération de son père et qui plus est, avec l’aval de ce dernier.

D’où vient-il que par ouï dire, nous ayons, en si peu de temps, cerné l’homme, élaboré son portrait-robot moral et déduit qu’il roule forcément et absolument pour ceux qui ont précipité la mort de son père, lui qui en assurait le suivi de la santé à distance ?

Et si nous nous trompions un temps soit peu ? Et si à la réalité, dans le fond, ce dénier n’oppose son véto que pour des raisons de divergences avec sa tante et / ou d’autres membres de la famille, et que ça n’avait finalement rien à voir avec une quelconque co-action avec la dictature en place ? Évaluons-nous alors seulement le préjudice affectif et émotionnel pour quelqu’un déjà fragilisé par la perte injuste de son géniteur ?

Et si son vrai péché c’était plutôt ses intentions désormais officielles de prendre une part plus active dans l’opposition après le départ de son père et que ça ne se voyait forcément pas d’un bon œil partout ?  Et si ça avait à voir plutôt avec son soutien constant à Issa Tchiroma Bakary ? Lui qui a repris le contrôle de la page Facebook son père à la demande de ce dernier dès qu’il a été fait prisonnier ?

Et si et si…

Mais avant sa prise de parole publique sur cette scabreuse affaire, il avait d’ores et déjà été cloué au pilori au motif « politiquement correct » de collabo du régime. La fameuse sentence méta-ïste qui raisonne comme une condamnation à mort sans possibilité de recours, même pas d’un recours gracieux (Muna Ekane que j’ai suivi sur une chaîne de TV a imploré que tout le monde se mette ensemble pour dire adieu à son père, sans succès).

Une chose est d’organiser le « boycott » des hommages dus au martyr Georges Anicet Ekane.

Une autre est de se poser les froides questions suivantes :

Politiquement parlant, on en engrange quoi exactement ? Existentiellement parlant, Est-ce qu’on abandonne un mort au motif qu’une partie de sa famille aurait fauté ? Nous croyons concrètement que nous sommes en train de faire quoi exactement à Anicet Ekane?

Une opposition RESPONSABLE aurait procédé autrement. On aurait pu orienter cette immixtion VOULUE dans les affaires familiales du défunt de façon pacifiante et positive.

On aurait pu, voyant les signes avant-coureurs d’une famille qui va se déchirer, se rapprocher d’eux (c’est-à-dire du Manidem et de la progéniture du défunt) pour les AIDER (le temps du deuil dans ces circonstances, avec un héritage apparemment pas clairement liquidé peut parfois générer des passions discordantes tous azimuts, même dans des familles non politiques. Nous en sommes témoins au quotidien) les AIDER disais-je, à aplanir leurs divergences, à rechercher un consensus ne serait-ce que le temps du deuil. C’eût été l’unique mission honorable des acteurs politiques et intimes à cette famille (je n’en suis pas une).

Tout le monde sait que les rancoeurs enfouis au sein des familles rejaillissent souvent pendant la période du deuil qui est un moment de fragilité accrue de l’humaine condition. Même dans nos familles, ça existe. Le rdpc n’a peut-être pas eu besoin de faire ou payer qui que ce soit pour que tout remonte à la surface.

Et généralement en Afrique, dans ce types de deuil conflictogènes, les Notables, les Sages du clan et les amis du défunt entrent en concilabule pour veiller à ce que l’essentiel soit sauf.

D’un côté le fils aîné et ses cadets prétendent qu’ils ont été purement et simplement écartés du deuil de leur propre père, que même le retrait de la dépouille de Yaoundé pour Douala a été fait à leur plus grande surprise, que même le rapport d’autopsie dont ils avaient besoin pour engager une contre-expertise légiste, ils n’ont pas pu l’avoir, que la date de l’enterrement de leur géniteur a été arrêtée sans leur consentement…

De l’autre côté, leur tante soutien qu’ils avaient bel et bien travaillé ensemble, et qu’ils ont été surpris du volte face. Pour preuve elle invoque le « chassement » du parti du domaine familial (il y’a donc en dessous, un conflit d’héritage également)

C’est donc la parole de l’une contre l’autre. Ça aussi c’est courant dans les familles en temps de deuil et le rdpc n’est pas souvent dans nos familles pour manipuler qui que ce soit.

L’argument TERMINATOR de ceux qui boycottent c’est que le défunt avait lui-même décidé que c’est le Manidem qui organiserait ses obsèques. Oui, c’est de notoriété publique effectivement. Mais sommes nous sûrs que par ces mots, le vouloir dire du défunt était que sa propre progéniture devrait assister à ses obsèques comme des invités?

Grosso modo,

Il y’a forcément des gens qui surlignent certains aspects de cette histoire au détriment d’autres aspects.

Et en Afrique, lorsqu’un tel scénario prend corps autour d’une dépouille, on ne choisi pas son camp, et pire, on ne boycott pas les derniers hommages dus au disparu.

Lorsqu’on a un temps soit peu aimé le défunt, on prend un temps de méditation, on inspire et on expire trois fois, on remémore les moments et conversations avec le défunt, on le revisualise spirituellement et puis, on répond honnêtement, pour soi-même et notre propre conscience, à ces trois questions :

1- Si Georges Anicet Ekane pouvait encore parler, serait-il d’accord que personne ne soit là lors de ma mise en terre?

2- Si Georges Anicet Ekane pouvait encore respirer, rirait-il à gorge déployée, esquisserait-il quelques pas de danse en guise  de satisfecit devant cette actualité autour de son DEUIL d’une tante qui révèle au monde que le premier fruit de ses entrailles n’est à la réalité PAS UN VRAI MÉDECIN ? Une tante qui diffuse le secret de quelques morceaux soigneusement choisis, de leurs conversations familiales intimes entre tantine (une autre maman du Dr Muna dans la cosmogonie africaine) et neuveu? Une tante qui suggererait au monde que son fils aîné serait un pion du régime, duquel il aurait reçu de l’argent pour humilier son géniteur?

Non. Le Muna Ekane que j’ai un peu côtoyé (lors de la présidentielle) est tellement doux dans sa façon d’ecrire et d’argumenter (c’est à peine qu’il place un mot plus haut qu’un autre) il m’a semblé tellement avenant, tellement calme, que j’ai de la peine à me le représenter comme un diable avec des yeux rouges et des cornes sur la tête… Désolée de vous décevoir. Mais mon cerveau n’imprime pas.

Cependant, sait-on jamais…..

Il y’a une maladie nommée la schizophrénie qui confère au patient la capacité d’avoir plusieurs personnages dans le même corps et esprit.

Et quand bien même (et là, je raisonne encore par l’absurde, n’étant pas son médecin) Ekane Muna serait schizophrène, et donc serait  le diable de la famille qui haïrait jusqu’au cadavre de son géniteur « quand ça le prend »,   n’avions nous pas, même dans ce cas de figure, la mission de « gérer le fou de la famille »  (Comme ça se fait dans TOUTES nos familles) tout en nous DÉBROUILLANT tant bien que mal pour offrir des FLEURS et son HEURE de GLOIRE au MARTYR Georges Anicet Ekane ?

Pour ce défunt, et pour sa famille politique et nucléaire déchirée par la politique (Ekane Muna, sa tante Marianne et tous les camps nucléaires confondus) je PLEURE et DÉPLORE que nous ayons encore remis ça.

Même pas foutus de s’entendre pour dire au revoir à un martyr.

Recueillement et méditation,

À luta continua.

Alice Sadio.

Une citoyenne meurtrie

 

 

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