Dans son hommage à l’ancien président de l’Assemblée Nationale, le directeur de publication de l’œil du Sahel Guibai Gaitama revient sur le fait que ce dernier ambitionnait devenir la deuxième personnalité de la République Camerounaise.
Mon Vieux Cavaye
Mon Vieux Cavaye Yéguié est mort. Ces dernières années, nos relations étaient distantes, quoique toujours chaleureuses lors de nos moments de retrouvailles.
J’ai de nombreux souvenirs de lui, quantité d’anecdotes. Je vais raconter ici une, qui m’a marqué, en raison de la myopie qui peut frapper même les plus Vieux singes de la politique.
Nous sommes en 2013, quelques jours avant qu’il ne se rende dans l’Extrême-Nord pour déposer sa « liste » dans le cadre de la sélection des candidats du Rdpc pour les toutes premières élections sénatoriales. Feu son aide de camp, Bouba Simala, me téléphone. Il m’informe du désir du Vieux de me voir.
Me voici donc à son cabinet, aussitôt reçu. Homme joyeux et taquin, il m’annonce sa candidature au Sénat. Je suis interloqué, parce qu’il préside déjà la plus prestigieuse des Chambres, celle qui porte le mieux la légitimité populaire.
Je lui demande s’il a obtenu l’accord de son « patron », le chef de l’État. Il me répond lui avoir écrit pour lui demander cette permission. « Qu’a-t-il répondu ? », lui demandé-je. « Je n’ai pas toujours de réponse », me répond-il.
Curieusement, mon Vieux Cavaye prenait ce silence pour un acquiescement présidentiel. Son aide de camp, feu l’officier de gendarmerie, n’était pas étranger à cet optimisme étrange et inexplicable.
Je lui fais remarquer que cette absence de retour est un signal élégant d’une opposition du Président à sa démarche, injustifiée, si ce n’est par le besoin persistant de rester le numéro 2 constitutionnel. Il ne m’écoutera pas.
Il part quelques jours plus tard pour l’Extrême-Nord et, depuis Mada, tente d’organiser une liste pour les sénatoriales. Jusqu’à ce que tombe le couperet d’une décision ciblée qui, entre autres interprétations, rappelle que les députés en fonction ne peuvent se présenter à l’élection sénatoriale.
Des années plus tard, je l’interroge sur cet épisode et sur l’impact de cette ambition sur ses rapports avec le Président de la République. Jamais il ne répondra. Le voilà parti dans l’au-delà, avec ses secrets et ses sentiments sur la question.
Le Président n’en tenait pas moins à mon Vieux Cavaye. Quelques années plus tôt, et à l’occasion des primaires du Rdpc, le prestigieux quotidien Mutations avait titré à sa grande Une sur la défaite de Cavaye. Le vieux Cavaye avait alors été honoré des inquiétudes du Président de la République, alors à Genève, qui s’inquiétait du sort de son « second ». Jusqu’à ce qu’il triomphe. Il fallait le voir heureux, quand il parlait de son Président !
Va en paix Vieux singe à qui on n’apprenait pas à faire des grimaces





