Le Figaro relaye les spéculations autour d’un possible décès de Paul Biya

Dans un article publié ce 13 août 2026, le très sérieux quotidien français Le Figaro parle de  la longue absence de Paul Biya et les nombreuses spéculations qu’elle suscite. Le tabloïde  français  indique que, depuis son départ pour la Suisse le 7 juin, les rumeurs vont d’un simple séjour de repos à une hospitalisation, certain allant même jusqu’à évoquer un possible décès.

Lire ci-dessous l’aticle y relatif l’article publié par le Figaro :

Le président de 93 ans est invisible depuis début juin et son départ pour la Suisse. Cette situation, qui rend incertain l’avenir du régime, fait imaginer les scénarios les plus spectaculaires quant à sa succession.

Paul Biya est certes souvent absent. Le président camerounais passe régulièrement des « séjours à l’étranger », le plus souvent à Genève, où il a ses habitudes à l’hôtel Intercontinental. Ce n’est pas tant qu’il se lasse du pouvoir, qu’il détient depuis 1982. Paul Biya aime diriger de loin et dans l’ombre, au point que les Camerounais le surnomment parfois « l’Absent », et se sont habitués à ces très longs silences. Depuis quelques jours pourtant, Yaoundé bruisse de rumeurs sur la santé du chef de l’État. Il est en Suisse depuis le 7 juin dernier et parfaitement invisible depuis lors. « Même pour Paul Biya une si longue absence est exceptionnelle, surtout qu’on ne l’a même pas aperçu », détaille un homme d’affaires.

Sur les réseaux sociaux le sort du président fait l’objet d’intenses spéculations entre une hospitalisation en soins intensifs, un séjour en maison de repos, voire un décès pur et simple. Des sources proches de la présidence assurent que Paul Biya a subi une intervention chirurgicale du genou dans une clinique suisse en juillet, puis qu’il aurait ensuite été de nouveau hospitalisé. L’âge du président, 93 ans, ne rend ces questions que plus aiguës. « On ne sait pas grand-chose sur le président sinon qu’il est en vie. En Suisse, une mort ne se cache pas longtemps », souligne un diplomate.

L’entourage présidentiel s’attache à rassurer. « Le président va bien. Il n’est pas et n’a pas été hospitalisé. Il est au travail », insiste ainsi le directeur du cabinet civil, Samuel Mvondo Ayolo. Depuis la Suisse, cet influent proche du président, tout en reconnaissant que la durée du séjour helvète est « exceptionnelle » – mais « pourquoi se priver de l’exceptionnel » -, pourfend « ceux qui ont intérêt à répandre ces chimères ». Quant à savoir la date du retour de Paul Biya au Cameroun, plusieurs fois annoncée avant d’être reportée sine die, il faut attendre. « Vous le saurez au moment opportun », dit-il.

Il n’est pas certain que cette communication a minima puisse convaincre les sceptiques. « S’il est au travail pourquoi n’a-t-on une vidéo ou une photo de lui, même au bord de la piscine ? », s’agace l’homme d’affaires. Les chancelleries commencent à s’inquiéter sur les errements dans la direction du pays qu’entraîne l’absence de Paul Biya.

Grand marionnettiste

Le président est en effet la véritable clé de voûte d’un système qu’il a construit à sa main en 44 ans de pouvoir. « Il a toutes les manettes. Toutes les décisions remontent à lui et il nomme par décret la plupart des hauts responsables civils comme militaires. La Constitution du pays a été modifiée en ce sens au fil du temps », rappelle Stéphane Akao, un analyste politique, pour qui Paul Biya est le « grand marionnettiste » de toute la politique camerounaise.

Dès lors, la perspective d’une disparition brutale « du chef des chefs » répand l’effroi parmi les Camerounais qui redoutent que la succession ne donne lieu à des désordres, voire à des violences. « Tout est si peu préparé, les institutions sont à ce point déliquescentes et vidées de sens qu’il est impossible de dire ce qui se passerait. Et c’est sans compter sur les ambitions des uns et des autres et les haines », tranche un diplomate un temps en poste au Cameroun. Même d’un point de vue légal, le scénario n’est pas écrit.

En avril, une loi a créé un poste de vice-président qui serait chargé de terminer le mandat et de gérer le pays en cas d’empêchement. Une réforme poussée par l’entourage du nonagénaire. Seulement, près de cinq mois après la proclamation du texte, le fameux « VP » n’est toujours pas désigné et ses éventuelles prérogatives définies. Paul Biya, qui en plus de quarante années de règne a toujours soigneusement évité de désigner un dauphin entend, comme toujours, prendre son temps. D’autant qu’il a pris soin de faire inscrire que le choix du vice-président n’est en rien obligatoire, lui que cette réforme n’enchante pas. « Désigner un potentiel successeur est à ses yeux déjà accepter l’idée de sa fin », souligne Stéphane Akoa. En attendant, ce serait le président du Sénat qui serait chargé d’assurer un court intérim et d’organiser une élection.

Succession dynastique

Il n’empêche que ce nouveau poste, même incertain, suscite d’intenses convoitises. L’âge avancé du président et sa réélection récente pour un huitième septennat en fait un tremplin possible pour prendre le pouvoir. Les clans rivaux qui s’agitent autour du vieux président s’ingénient donc à conquérir ce nouveau graal. Franck Biya a un temps fait figure de favori. Le fils aîné du président, longtemps resté éloigné de la politique car alors en froid avec son père, passe désormais pour le champion du « clan des Bulus », l’ethnie de la famille Biya et de nombreux de ces proches. Mais cette succession dynastique déplaît à bien des Camerounais qui reprochent déjà à Paul Biya de se comporter en monarque. En face, la seconde épouse du président, l’explosive Chantal Biya, veut préserver ses intérêts et ceux de ses enfants avec l’aide du redouté secrétaire général à la présidence, Ferdinand Ngoh Ngoh.

La rivalité entre les deux groupes nourrit depuis des années la chronique, entre coups bas, arrestations et accusations diverses de corruption ou de détournements. L’exacerbation de ce combat s’est illustrée jusqu’à l’absurde, le 12 juin, dans une invraisemblable tentative de faire lire à la télévision publique un décret nommant un vice-président. Le texte – un faux – a été bloqué in extremis par la présidence. Depuis, nul ne sait qui a ourdi ce piège. Maintenus dans l’inconnu, les Camerounais ne se sont fait qu’un peu plus du souci. Lassés des turpitudes de leurs élites, beaucoup d’entre eux font le vœu secret de voir, en cas de coup dur, les militaires sortir des casernes pour mettre un peu d’ordre. Un signe de plus que la légitimité du régime est plus qu’usée.

 

 

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