Le journaliste camerounais Alain Denis Ikoul, de Cfoot dans cette sortie questionne la dernière sortie du président de la Fédération camerounaise de football sur son soutien à la candidature de Infantino.
Monsieur le Président, les intérêts de l’Afrique ne se mesurent pas au gré de vos intérêts personnels ! Je dois d’entrer de jeu confesser, monsieur le président, que j’admire votre capacité à déplacer les sujets sans jamais les faire avancer. C’est le fruit de votre parallélisme légendaire avec la logique. J’en suis très admiratif. Je vous en félicite.
Mais non, Président. Le sujet mis à l’ordre du jour par la presse internationale porte sur des accusations financières précises, face auxquelles vous auriez peut-être mieux fait de répondre avec la même énergie que celle déployée pour déplacer le débat. Malheureusement, vous avez choisi de prendre la parole pour faire à peu près tout… sauf répondre directement aux accusations.
Monsieur Eto’o, vous avez choisi de présenter les accusations relatives aux malversations sur les revenus du match Russie-Cameroun comme une nouvelle offensive de la presse mondiale contre vous et votre ami Gianni Infantino, que vous affirmez défendre parce qu’il défendrait lui, « les intérêts de l’Afrique ». Ok ! D’accord ! Mais permettez-moi de vous rappeler que ces mêmes médias occidentaux que vous dites acquis à la cause de vos pourfendeurs, ont été la tribune de vos trois dernières interviews ces deux dernières semaines : d’abord CNN, puis L’Equipe, et hier France24.
Votre argument est très séduisant aux yeux des naïfs, car il touche la fibre émotionnelle, et permet aux africains de consolider leur éternel sentiment de victimisation, cet éternel sentiment d’être attaqués parce qu’ils sont Africains. Mais cet argument mérite d’être sérieusement déconstruit, monsieur le Président, autour de la question : depuis quand défendre Gianni Infantino signifie-t-il automatiquement défendre l’Afrique ?
Car lorsqu’on regarde les décisions prises sous l’ère infantino, le bilan est beaucoup plus nuancé que le récit que vous vendez à certains naïfs, récit bien répandu par une certaine presse acquise à votre cause personnelle (pour utiliser vos propres expressions).
Monsieur le président, en 2025, sous le « dictat » de votre ami Infantino, maquillé sous forme de proposition, la CAN est passée d’une périodicité de 2 ans à 4 ans. Or cette CAN représente historiquement environ 80 % des revenus de la CAF. Vous ne vous êtes pas opposé à cette décision « dictée » par votre ami, une décision totalement opposée aux intérêts de cette Afrique que vous prétendez défendre. Certains journaux ont révélé que vous aviez voté POUR cette décision, et vous n’avez jamais fait de démenti formel.
Tonton Pichichi, l’arbitre somalien désigné meilleur arbitre africain en 2025, devait devenir le premier Somalien à officier lors d’une Coupe du monde. Il disposait d’un visa américain, mais les autorités américaines lui ont finalement refusé l’entrée sur le territoire et l’ont empêché de participer au tournoi. Qu’a fait votre ami Infantino face à cette situation afin que le meilleur sifflet africain ne soit pas ainsi humilié aux yeux du monde ? Rien.
L’African Football League était directement issue d’un projet lancé avec le soutien de la FIFA et présenté comme une grande révolution du football de clubs africain. La première édition en 2023, ne comptait finalement que huit clubs, alors que le projet initial était beaucoup plus ambitieux. La deuxième édition n’a pas eu lieu. Qu’en est-il aujourd’hui ? Qu’a fait notre très précieux Gianni pour cela ? Où était l’urgence de lancer cette compétition au lieu de consolider celles qui marchaient déjà ?
Pour le Mondial des clubs 2025, l’Europe disposait de 12 places, l’Amérique du Sud de 6, tandis que l’Afrique n’en avait que 4. Pourquoi cette grande différence ? Si l’objectif de Gianni est réellement de rééquilibrer le football mondial, pourquoi la valeur économique et sportive reste-t-elle aussi fortement concentrée en Europe ?
Monsieur le Président, vous le savez mais je préfère le rappeler : les intérêts de l’Afrique ne sont pas la propriété de Gianni Infantino, et encore moins celle de Samuel Eto’o. Ils se mesurent aux décisions, aux chiffres et aux résultats.
Depuis son arrivée à la FIFA, Infantino a certes apporté davantage de financements au football africain, je ne suis pas assez malhonnête pour nier ce fait. Mais défendre l’Afrique ne peut pas se résumer aux chèques de la FIFA. Les intérêts de l’Afrique doivent être évalués sur les décisions, les revenus, l’autonomie des institutions, le poids politique du continent et les résultats concrets.
Je sors donc par une question : l’Afrique est-elle devenue plus autonome, plus puissante et plus maîtresse de son football sous Infantino ? Monsieur le président, j’attends votre réponse en commentaire, ainsi qu’un démenti formel sur les accusations de malversations financières, car les médias internationaux disent avoir des éléments sur ce dossier.





