« L’instauration d’un Vice-président remet en cause le caractère personnel du mandat électif »

Paul Stephane Menounga dans cette analyse pertinente sur la mise en place du poste de vice-président au Cameroun pense clairement que cela va certainement créer des dysfonctionnements dans la gestion de l’Etat.

« La récente évolution constitutionnelle visant à instituer un poste de Vice-Président au Cameroun soulève de profondes interrogations sur le respect des principes fondamentaux de la démocratie. Derrière l’argument de la continuité de l’État, se cache en réalité une remise en cause du fondement même de la légitimité politique : la souveraineté populaire. En effet, permettre à un Vice-Président nommé d’achever un mandat présidentiel en cas de vacance revient à altérer la nature du mandat démocratique. Ce débat n’est pas technique, il est profondément politique. Il touche à la conception même du pouvoir : le pouvoir appartient-il au peuple ou peut-il être transmis entre élites ? Dans toute démocratie, le président de la République n’est pas le propriétaire du pouvoir, mais son dépositaire. Au Cameroun, ce pouvoir est confié par le peuple à travers une élection, pour une durée déterminée de sept ans. Il s’agit d’un mandat intuitu personae, c’est-à-dire attaché à la personne élue. Ce mandat ne peut être ni transféré, ni transmis. Permettre à un Vice-Président, désigné et non élu, d’achever ce mandat revient à confisquer la volonté populaire. Le pouvoir ne se transmet pas comme un héritage politique. Il se conquiert par le suffrage…Dans les systèmes démocratiques solides, la vacance du pouvoir est encadrée par des mécanismes visant à garantir la continuité de l’État sans compromettre la légitimité populaire. Généralement, une autorité intérimaire est désignée pour organiser une nouvelle élection. Elle ne gouverne pas durablement, elle arbitre la transition. En revanche, permettre à un Vice-Président d’achever un mandat en cours constitue une rupture avec ce principe. Cela revient à institutionnaliser une succession sans élection, ce qui est en contradiction avec les standards démocratiques. Elle remet en cause le caractère personnel du mandat électif et affaiblit le principe de souveraineté populaire.  Il ne s’agit pas simplement d’un débat juridique, mais d’un enjeu fondamental pour l’avenir démocratique du Cameroun. Défendre la démocratie, c’est défendre le droit du peuple à choisir librement ses dirigeants, à tout moment »

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