Promis il y a neuf mois par le président Paul Biya, le nouveau gouvernement se fait toujours désirer au Cameroun. Entre rivalités de clans pour la succession, inertie économique et lassitude populaire, l’équipe de Joseph Dion Ngute prolonge un bail record qui exaspère les citoyens.
À 17 h précises, le pays retient son souffle. Dans les ruelles populaires d’Essos comme dans les quartiers huppés d’Odza, les postes radio sont branchés en cascade. Chaque jour, c’est le même scénario : les Camerounais espèrent entendre le décret présidentiel actant enfin le départ d’une équipe gouvernementale en poste depuis sept ans. En vain. Neuf mois après la promesse solennelle de Paul Biya de renouveler l’exécutif, le statu quo demeure, transformant l’attente en une véritable épreuve psychologique pour la population.
L’immobilisme au sommet de l’État
Comment expliquer une telle léthargie ? Pour les observateurs de la scène politique, cet enlisement traduit la complexité d’une succession présidentielle en préparation. Les clans rivaux se neutralisent, rendant tout arbitrage quasi impossible pour un chef de l’État dont les forces, après 44 ans de pouvoir et 34 gouvernements successifs, s’amenuisent.
Résultat : des postes clés restent vacants ou occupés par de simples intérimaires depuis des années, suite à des décès ou des démissions ministérielles en cascade. Face à cet immobilisme, la grogne monte. Les citoyens pointent du doigt une administration sclérosée, des services publics défaillants et une jeunesse fuyant un pays en mal d’opportunités.
Sur les réseaux sociaux, cette frustration se traduit par la publication récurrente de faux gouvernements, illustrant le désespoir d’une opinion publique qui en est réduite à fantasmer le changement. Même les dérapages, à l’instar de l’affaire des faux décrets diffusés à la CRTV, témoignent d’une impatience devenue explosive.
Alors que le soleil décline sur Yaoundé, la radio nationale s’apprête à rendre l’antenne. Demain, à 17 h, le rituel reprendra. Car au Cameroun, en attendant le souffle d’un hypothétique remaniement, on continue d’espérer contre vents et marées.





