« Quand l’autel de la foi devient le théâtre de la gabegie »

Dans une sortie de, l’analyste politique Sob Amyn Fouejeu, Il craint un nouveau scandale financier après celui de la visite du Pape au Cameroun et les supputations autour de la somme allouée pour ladite visite.
« LE PAPE PRIE, LE TRÉSOR SAIGNE : L’urgence papale à 50 milliards FCFA ?

Quand l’autel de la foi devient le théâtre de la gabegie.

La visite d’un Souverain Pontife est, par essence, un moment de grâce et de recueillement. Pourtant, au Cameroun, le passage du Pape Léon XIV en ce mois d’avril 2026 semble laisser dans son sillage un parfum de scandale bien plus persistant que celui de l’encens.

Le chiffre de 50 milliards de FCFA, révélé par une enquête de Jeune Afrique, agite l’opinion publique. Mais pour comprendre l’indignation, il faut d’abord revenir à la réalité des protocoles du Vatican, bien loin du faste budgétaire qu’on tente de nous imposer.

Dans la pratique universelle, un voyage apostolique ne fait l’objet d’aucune transaction commerciale. Le Pape ne demande aucun cachet. Le partage des frais est strictement codifié :

Le Vatican prend à sa charge le voyage aérien (souvent via un vol retour financé par les billets des journalistes accrédités qui paient le prix fort pour être du voyage) et les frais de la délégation romaine.

Sur place, la simplicité est de mise. Le Pape ne descend pas dans les suites présidentielles des hôtels de luxe ; il loge à la Nonciature Apostolique, l’ambassade du Saint-Siège, réduisant ainsi drastiquement les frais d’hébergement.

Le pays hôte, quant à lui, assure la sécurité régalienne et l’aménagement des sites de culte. Mieux encore, les donations récoltées lors des quêtes ne sont jamais envoyées à Rome, mais systématiquement reversées aux œuvres sociales locales pour les jeunes et les démunis.

Dès lors, comment expliquer l’abîme qui sépare ces principes de sobriété de l’ardoise de 50 milliards présentée aux contribuables camerounais ?

Jamais, dans une pratique normale de gestion, les frais de sécurité et d’aménagement ne sauraient atteindre une telle somme sans trahir une gabegie orchestrée par les différents collaborateurs du Chef de l’État.

Cette rumeur, qui prend aujourd’hui la forme d’une information documentée, trouve un terreau fertile dans l’histoire récente de notre pays. L’opinion publique camerounaise est vaccinée contre les « grands événements » qui finissent invariablement en scandales financiers.

Nous nous souvenons de la visite du Pape Benoît XVI en 2009, où la gestion de la communication avait éclaboussé le ministre Jean-Pierre Biyiti bi Essam, auditionné pour une gabegie de plusieurs centaines de millions de FCFA sur un budget de 770 millions uniquement pour la couverture médiatique.

Le traumatisme est d’autant plus vif que le pays sort à peine de la gestion de la CAN 2021, un gouffre financier marqué par des infrastructures inachevées et des surfacturations massives, malgré un endettement colossal.

Que dire également de la gestion des fonds COVID-19, où les rapports de la Chambre des Comptes ont mis en lumière des détournements systémiques ?

Dans ce contexte, les 50 milliards de la visite papale apparaissent comme une nouvelle « opportunité d’affaires » pour des gestionnaires indélicats.

En utilisant le prétexte de l’urgence et du prestige lié à la venue du Pape, des marchés de gré à gré auraient été passés à des coûts défiant toute logique économique.

Le plus tragique reste l’issue prévisible de cette affaire. Comme pour les scandales passés, l’absence d’enquêtes judiciaires indépendantes et de poursuites exemplaires viendra conforter l’idée que cette visite a bien coûté 50 milliards. Ce silence institutionnel ne fera que renforcer les prédateurs de la fortune publique dans leurs pratiques.

Si rien n’est fait pour auditer ce budget, le passage du Pape Léon XIV au Cameroun ne restera pas dans l’histoire comme un moment de spiritualité, mais comme le énième symbole d’une gouvernance où la foi a servi de paravent à une gabegie »

Par Sob Amyn Fouejeu

 

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