Une enquête du Pr Viviane Ondoua Biwolé lève le voile sur la faillite technique de quatre géants publics : SONARA, CRTV, CDC et CICAM. Loin d’être une simple fatalité économique, ce désastre financier révèle une violation systématique des lois de 2017 sur la limitation des mandats, plongeant ces piliers de l’État dans une insécurité juridique qui hypothèque toute velléité de redressement.
Le constat est sans appel et d’une gravité inédite pour les finances publiques. Quatre fleurons de l’économie camerounaise affichent désormais des capitaux propres négatifs, synonymes de faillite technique. Au premier rang, la Société Nationale de Raffinage (SONARA), marquée par les stigmates de l’incendie de 2019, accuse un déficit abyssal de 114 milliards de FCFA. Elle est rejointe dans cette zone de turbulences par la Cameroon Development Corporation (CDC), fragilisée par la crise sécuritaire, la Cotonnière Industrielle du Cameroun (CICAM) et l’office public de radiodiffusion, la CRTV. Pour ces structures, l’activité ne survit plus qu’au prix de coûteuses perfusions budgétaires de l’État.
L’illégalité comme mode de gouvernance
Comment expliquer une telle débâcle ? Pour le Pr Viviane Ondoua Biwolé, experte en management public, le mal est structurel et tient à une gouvernance en marge de la loi. Son rapport pointe du doigt un paradoxe criant : alors que les résultats financiers s’effondrent, les dirigeants, eux, s’éternisent. En violation flagrante des lois de juillet 2017, qui plafonnent les mandats à 6 ans pour les PCA et 9 ans pour les Directeurs Généraux, près de 70 % des têtes d’affiche des entreprises publiques camerounaises exercent au-delà des limites légales. Cet immobilisme managérial est, selon l’enquête, le terreau fertile de la paralysie des réformes indispensables.
Le spectre de la nullité juridique
Plus inquiétant encore, ce statu quo expose l’État à un risque juridique majeur. La législation en vigueur est formelle : tout acte, contrat ou engagement financier signé par un dirigeant dont le mandat est échu est frappé de nullité. Cette fragilité contractuelle devient un repoussoir pour les partenaires internationaux et les banques, rendant toute restructuration de dette ou accès au crédit extérieur complexe, voire impossible.
En définitive, l’État camerounais se retrouve devant un arbitrage cornélien. La simple recapitalisation financière, bien que nécessaire, s’apparente aujourd’hui à un remède illusoire si elle n’est pas assortie d’un assainissement radical du management. Pour sauver ces entreprises de la liquidation, le gouvernement n’a plus d’autre choix que de se soumettre à ses propres exigences législatives. Le renouveau de ces géants passera inévitablement par un grand ménage humain, préalable indispensable à toute remise sur pied économique.





