Dans un paysage médiatique souvent bruyant, Souley Onohiolo le journaliste chevronné a choisi le silence. Un silence… qui dérange.
Grand reporter au quotidien Le Messager et membre du Syndicat national des journalistes du Cameroun (SNJC), cette figure respectée du journalisme camerounais revient sous les projecteurs à travers un geste aussi simple que chargé de sens : laisser pousser sa barbe. Un acte en apparence anodin, devenu au fil des semaines une forme assumée de contestation.
D’ailleurs, l’homme n’en est pas à son premier combat. En 2019, l’amputation de sa jambe droite pour des raisons de santé avait déjà révélé une résilience peu commune. Depuis, celui que ses pairs surnomment « le Bir » continue d’incarner, pour beaucoup, une certaine idée du journalisme : exigeant, libre, parfois dérangeant.
Cette fois, pas de tribune enflammée ni de sortie médiatique fracassante. Souley Onohiolo opte pour une protestation muette : il boude le barbier. En ligne de mire, la longue attente de la formation d’un nouveau gouvernement, qui alimente interrogations et impatience au sein de l’opinion publique.
Résultat : les réseaux sociaux s’enflamment. Entre moqueries, incompréhensions et marques de soutien, les réactions fusent. « Grand, qu’est-ce qui t’a même amené dans cette affaire ? », s’interrogent certains internautes, mi-amusés, mi-perplexes. Pourtant, cette posture s’inscrit dans une logique ancienne.
Déjà, le 14 août 2018, à l’orée de la cinquantaine, le journaliste revendiquait une forme d’insoumission intellectuelle : « Le poids de la rébellion, le droit à l’impertinence, l’enjeu de l’anticonformisme… ». Ancien directeur de publication du Messager, celui qui brise les codes semble aujourd’hui prolonger cette ligne, loin des formats classiques d’expression. Une manière, peut-être, de rappeler que le journalisme ne se limite pas à informer, mais peut aussi interpeller.
Reste une question centrale : jusqu’où peut aller le symbole ? Car derrière cette barbe devenue manifeste, c’est tout le débat sur les formes contemporaines de contestation qui se pose. Entre expression personnelle, engagement citoyen et posture journalistique, la frontière est fragile. Une chose est pourtant sûre : en choisissant de se taire autrement, Souley Onohiolo a réussi ce que beaucoup cherchent sans y parvenir — capter l’attention, provoquer le débat et, surtout, ne laisser personne indifférent.




