Depuis sa cellule de la prison centrale de Kondengui, Olivier Bibou Nissack signe un pamphlet cinglant de 20 pages en réponse aux sorties de Cabral Libii. Entre révélations sur l’alliance de 2018, accusations d’ébriété et confidences intimes sur leur passé commun, le porte-parole de Maurice Kamto enterre définitivement quinze ans d’amitié.
La politique camerounaise offre parfois des soubresauts romanesques où l’intime le dispute aux secrets d’État. Quinze ans d’amitié politique et de luttes partagées viennent de voler en éclats. Depuis les parloirs de la prison centrale de Yaoundé-Kondengui, Olivier Bibou Nissack a choisi de solder les comptes avec une fulgurance rare, à travers un brûlot de 20 pages adressé à Cabral Libii. Un règlement de comptes au vitriol qui secoue le microcosme politique.
La bataille des versions et le mensonge d’État
Tout est parti d’une sortie médiatique de Cabral Libii sur la chaîne JAD, où le président du PCRN affirmait avoir confié les procès-verbaux de l’élection présidentielle de 2018 à son interlocuteur. Une affirmation balayée d’un revers de main par le porte-parole de Maurice Kamto. « Je suis entré bras ballants et suis ressorti bras ballants de ton siège […] C’est un mensonge indigne d’une personnalité de ta trempe », rétorque le détenu, qui recadre la chronologie de cette unique rencontre nocturne au siège des 11 millions de citoyens à Nkolndongo.
Plus loin, Bibou Nissack ne se contente pas de contester les faits ; il attaque la forme et la lucidité de son ancien allié. En convoquant la sémiotique et une ironie mordante, il suggère un état d’ébriété lors de ladite intervention, ravivant de vieux souvenirs pour mieux affûter sa critique.
Entre stratégie avortée et déballage intime
Au-delà de la polémique post-électorale, la correspondance lève le voile sur les coulisses de la présidentielle 2018. Bibou Nissack y révèle la consigne stricte donnée à toute son équipe de communication de l’époque : ne jamais attaquer Cabral Libii, convaincu qu’une alliance Kamto-Libii constituait la clé de voûte d’une possible alternance.
Mais c’est sur le terrain de l’intime que la lettre franchit un cap inédit. Pour attester de la profondeur de leur ancienne fraternité, le prisonnier exhume des épisodes hautement sensibles : l’affaire de harcèlement sexuel subie par Péguy — alors petite amie et aujourd’hui épouse de Cabral — à l’université, les coulisses tendues de leur mariage, et même une transfusion sanguine d’urgence réalisée à l’Hôpital Central pour sauver le frère de Cabral Libii. Autant de « dettes morales » que l’auteur brandit comme la preuve d’une trahison mémorielle.
Au terme de ce grand déballage, la rupture est consommée. En transformant un désaccord politique en un réquisitoire mêlant secrets de chapelle et vie privée, cette lettre de Kondengui referme un chapitre tumultueux de l’opposition camerounaise, laissant augurer des lendemains politiques pour le moins glacials.





