Le 25 juin 2025, Issa Tchiroma Bakary marquait l’histoire politique camerounaise en démissionnant du gouvernement pour défier le président Paul Biya. Un an plus tard, entre exil forcé en Gambie et batailles judiciaires internationales, cet acte de rupture continue de résonner comme un séisme. Analyse d’une trajectoire qui a durablement transformé le paysage politique national.
Il est des dates qui marquent une césure dans le destin d’une nation. Il y a tout juste un an, le paysage politique camerounais basculait. En choisissant de quitter ses fonctions de ministre de l’Emploi après des années de loyauté indéfectible au régime en place, Issa Tchiroma Bakary a non seulement brisé un plafond de verre, mais il a provoqué un électrochoc.
Du système à l’opposition : une mue spectaculaire
L’acte du 25 juin 2025 ne fut pas qu’une simple démission. En présentant publiquement ses excuses aux Camerounais, y compris aux populations anglophones, pour sa participation à un système qu’il a lui-même qualifié d’appauvrissant, Tchiroma a opéré une mue politique inédite. Ce mea culpa, prononcé par celui qui fut longtemps le visage et la voix du gouvernement, a agi comme un puissant catalyseur.
De Bamenda à Douala, en passant par Yaoundé, ses meetings ont su transcender les clivages ethniques et religieux. En ciblant frontalement le bilan du RDPC plutôt que les personnes, il a réussi à cristalliser, pour la première fois depuis des années, l’espoir d’une alternance tangible au sein d’une population en quête de renouveau.
Une élection contestée et l’internationalisation du conflit
L’élection présidentielle du 12 octobre 2025 demeure, à ce jour, le point de friction majeur. Si les chiffres officiels ont maintenu Paul Biya au pouvoir avec 54 % des suffrages contre 35 % pour Tchiroma, ce dernier a vigoureusement rejeté ce décompte. Revendiquant 60 % des voix, il s’est proclamé « président élu », une position qui a entraîné des contestations populaires sévèrement réprimées.
Aujourd’hui, l’homme se trouve en exil en Gambie. Loin de se murer dans le silence, il a engagé une offensive judiciaire inédite devant les tribunaux de Paris. Ses plaintes, visant le sommet de l’État camerounais pour les violences et arrestations postélectorales, marquent une nouvelle étape : celle de l’internationalisation du contentieux camerounais.
Un héritage déjà scellé
Que l’on soit partisan ou critique de l’homme, force est de constater que le « moment Tchiroma » a redéfini les contours de l’opposition au Cameroun. Pour des millions de citoyens, il n’est plus ce haut fonctionnaire du système, mais celui qui, à un moment charnière, a choisi de se tenir debout aux côtés du peuple.
Si son retour au pays reste une inconnue, le sens de sa démarche est acté. Dans un contexte où le renoncement aux privilèges du pouvoir est une rareté, le geste de juin 2025 restera, quoi qu’il advienne, son héritage politique principal : celui d’avoir prouvé qu’il est possible de dire « non » pour préférer l’intérêt général.





