« Un géant politique » : l’hommage d’Abdelaziz Mounde à Ekane

Abdelaziz Mounde Njibam rend un hommage profondément émouvant à Anicet Ekane, rappelant l’héritage politique, la rigueur intellectuelle et la culture panafricaniste qu’il lui a transmis depuis 1995.

Il décrit Anicet Ekane comme un mentor infatigable, héritier de l’Upecisme et des grandes luttes anticoloniales, porteur d’une vision nationale et souverainiste qui a marqué une génération.

Pour lui, Anicet Ekane laisse un héritage immense de dignité, de justice et de courage, que « des millions de gardiens » continueront à défendre.

 

«Un jour de 1995, tu m’as ouvert la porte de la permanence de ce parti, le MANIDEM, qui se voulait gardien du temple d’une fabuleuse histoire politique en Afrique : l’Upecisme.

Cette haute culture politique. Pas un credo de concilie. Pas un dogme de synode. Pas une fatwa. Mais, une manière d’être, un état d’esprit, un sens de la souveraineté en dynamique. Mieux, une culture de la dignité africaine gagnée au prix du sang de centaines de milliers de martyrs, giclant dans les rivières et fleuves où les projetaient la hargne du colon.

Empoisonnés, aussi, par le napalm des théoriciens et acteurs sans concession de la guerre de l’Etat français contre l’âme immortelle de ce peuple en gestation. De cette nation à laquelle, voulaient donner une chance, les fondateurs de l’Union des Populations du Cameroun, dans ce bar Sierra, que Um, Ouandie, Afana, Moumie et bien d’autres preux héros et chevaliers de la conscience.

Avec cette grappe de jeunes avides de formation, de culture et de conscience politiques, j’ai puisé à ta source. Un geyser sur l’histoire politique de l’Afrique et du Cameroun Infatigable, d’une patience à tout rompre et d’une disponibilité inouïe, tu ne regardais ni à ta montre ni à ton agenda pour édifier. Raconter. Conter même les mille et unes histoires sur l’évolution du panafricanisme, dans son versant des luttes anticolonialistes. Nous apprendre à tirer les leçons des trajectoires inspirantes : celle de Sankara, l’une de tes sèves, dont l’un de tes fils porte le nom ; d’Amilcar Cabral ; de Samora Machel ; du FLN en Algérie. Et de bien d’autres figures et mouvements. De nous dessiller le regard sur le rôle et l’impact des liens entre Afrodescendants d’Amerique et des Caraïbes dans ces luttes, combats et batailles.

Si, comme on dit le voyage forme la jeunesse, tu nous en offrais sur place, nous faisant vivre par procuration les tiens. Nous faisant parcourir cent lieux de y’a quête de sens et de ton amour inextricable pour le Cameroun. Ton oxygène. Celui que personne, même un officier hargneux, ne pourrait te retirer. Le Cameroun, ton horizon indépassable. Le Cameroun, la mère de tes aspirations. Pays pour lequel, récemment encore, en adoubant Maurice Kamto et en faisant le choix de Issa Tchiroma Bakary, tu as fait la preuve ultime d’un sens du dépassement, d’une hauteur de vue et d’un esprit sacrificiel stimulant.

Pourfendeur de la répression, tu avais fait de combats citoyens – la justice pour les neuf de Bepanda ; la fin des avanies d’AES SONEL, etc – un pivot de ton engagement. Une matrice de l’action politique. Car, pour toi, le politicien pense à la prochaine élection et l’homme politique à la prochaine génération. Homme de large spectre, tu refusais la camisole du tribalisme et de la cloison ethnique, fier Sawa et Pongo, fils de Bomono, pour te draper d’un Ndop autant que d’un Sanja. Faire de la Nation, un projet possible, te défiant de la juxtaposition des ethnies et de l’assignation à résidence de nos leaders dont Um Nyobe dont tu avais ardemment soutenu l’installation d’une statue commémorative à Douala.

Boussole de ton temps, tu as montré la voie. Et sur des phares comme ceux de Manoka, installé ces projecteurs symboliques qui éclairent le chemin de la construction d’une Afrique intégrée et d’un Cameroun qui se pense en Nation, travaille à le devenir, sous le sceau de la justice, d’une démocratie ancrée et conçue par nous, d’une fraternité qui transcende l’ethnie et la tribu.

Londo na sélélé ! Comme disaient nos ancêtres de la côte : suis ton nouveau chemin en paix. Et sois rassuré : il existe des millions de gardien de ton héritage. Et celui à qui tu as ouvert ta porte en 1995 en fait partie.

Mounde Njimbam»

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