Opinion : Luc Perry Wandji parle

Furieux contre une certaine opinion qui estime que les camerounais de la diaspora devraient plutôt venir contester au Cameroun, Le journaliste camerounais vivant aujourd’hui aux Etats-Unis, revient sur son combat qu’il a mené étant au Cameroun.

Sa sortie en question :

Ne me demandez plus jamais de «  »venir marcher au pays »

Avant tout, je précise que je n’ai jamais demandé à quelqu’un de marcher.  Je ne suis le directeur de conscience de personne.  Chacun fait ce qu’il veut. 

Sur cette photo,  je marche droit, vers un des véhicules du GMI, rempli de policiers, qui venaient d’être appelés en renfort, pour disperser la foule immense qui n’arrêtait pas de noircir l’entrée principale de l’hôpital Laquintini de Douala. 

Fougueux, je me dirige vers les éléments du commandant Aldjim (Je ne me souviens plus de son nom exact. – Marcous Mandeki Mboumbang II me le rappelera en commentaire- Il était le patron du GMI à Douala).

Les policiers ont beau braquer leurs armes vers moi, je continue d’avancer, seul, droit vers eux;  criant haut, et de plus en plus fort : 《laissez-nous marcher!!》, 《Nous voulons simplement marcher !!》《Laissez-nous !》.

Arrêté et conduit dans les services régionaux de la police du Littoral, je fus libéré au bout de plusieurs heures: je ne dirai rien de ce que j’y ai vécu, de peur de prêter le flanc à ceux qui, sur Facebook,  ont l’art de cracher sur les misères des autres. 

Les événements que je viens de restituer, se déroulent en Mars 2016. C’était l’affaire Koumatekel.  Je m’indignais alors contre l’injustice faite à cette jeune dame de 31 ans,  et, contre les manquements de notre système de santé. 

Je fais ce témoignage,  parce qu’en revoyant cette image que gardait secrètement mon épouse, j’ai été traversé par un brin d’émotion. À  ceux qui l’ouvrent sans cesse large, pour nous demander de 《venir au pays marcher); parce que nous dénonçons la dictature du président Biya,

Je rappelle, à toutes fins utiles,  que:

  • J’étais dans la rue en Février 2008.
  • J’y étais pour Monique Koumatekel (et tant d’autres fois) en 2016. Tout entrepreneur que je fus [déja] et Directeur de l’information d’une chaîne de télévision de la ville de Douala.
  • Depuis 2015, je n’ai eu de cesse de dénoncer les injustices de la dictature de Paul Biya. Même quand, par la force des choses, et je l’espère, de mon talent, je suis devenu un cadre de la télévision nationale. 

Je n’en parle presque jamais (par pudeur, dignité,  et respect de la réputation et des familles de certains de mes bourreaux),  mais il faut bien savoir que dans cette quête obstinée de justice,  j’ai sacrifié une carrière qu’on disait prometteuse -et je n’en suis pas peu fier- , de l’argent,  ma santé,  des aînés  (certains sont au gouvernement et dans les institutions de la République).

À défaut de partager notre combat, ou de nous respecter, le minimum serait de ne rien enlever à nos fiers œuvres.  Car, c’est notre modeste, mais précieuse, contribution à l’invention d’un Cameroun moderne et des libertés.

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