Le foncier au Cameroun et la question juridique

Dans cette analyse de Shance Lion, il revient sur la question des conflits fonciers qui sont de véritable nid à palabres au Cameroun, avec le concours des autorités en charge de ses questions.

Un document officiel signé le 3 mars 2026 par le ministre Henri Eyebe Ayissi, à la tête du Ministère des Domaines, du Cadastre et des Affaires Foncières, illustre parfaitement ce que beaucoup dénoncent depuis des années : la cacophonie foncière qui règne dans l’administration camerounaise.

Dans cette correspondance adressée à un citoyen, l’administration informe que l’arrêté du 23 janvier 2026 a finalement été rapporté (annulé). Mais en examinant le contenu du document, on découvre une véritable cascade de décisions administratives contradictoires. Et c’est là que la situation devient troublante.

La particularité est la suivante :

  • L’arrêté du 23 janvier 2026 annulait certaines dispositions d’un arrêté du 15 décembre 2025
  • Cet arrêté de décembre 2025 annulait lui-même un autre arrêté pris en 2018
  • Celui de 2018 annulait encore un acte administratif plus ancien

Tout cela concerne le titre foncier n°39959/W appartenant à l’État du Cameroun.

Autrement dit, sur une seule et même affaire foncière, l’administration camerounaise a produit plusieurs décisions successives qui s’annulent mutuellement.

Une administration qui se contredit

Dans un État de droit, l’administration est censée garantir la sécurité juridique. Mais dans le domaine foncier au Cameroun, la réalité semble parfois être l’inverse.

Des décisions sont prises… puis annulées… puis révisées… parfois plusieurs années plus tard.Résultat :

  • Des citoyens plongés dans l’incertitude
  • Des investisseurs méfiants
  • Des conflits interminables devant les tribunaux
  • Car si l’État lui-même peut revenir plusieurs fois sur ses propres décisions, que vaut réellement un acte administratif ?
      Un problème structurel

Le foncier est aujourd’hui l’un des domaines les plus sensibles au Cameroun. Derrière chaque terrain se cachent souvent des enjeux économiques importants, des rivalités administratives, des pressions politiques, et parfois des intérêts privés puissants.

  • Dans un tel contexte, chaque nouvelle décision administrative peut devenir le point de départ d’un nouveau bras de fer juridique.
  • Le paradoxe est saisissant : le titre foncier est censé être la preuve définitive de propriété.

Mais dans la pratique camerounaise, il arrive qu’il devienne le début d’une longue bataille administrative et judiciaire. Et face à cette situation, une question mérite d’être posée : « Comment attirer les investisseurs et sécuriser la propriété privée si les décisions foncières peuvent être remises en cause à tout moment ? »

Tant que la gestion foncière restera marquée par des décisions contradictoires et des annulations en cascade, la terre continuera d’être au Cameroun non pas une sécurité… mais une source d’angoisse juridique. Et dans un pays où la terre représente souvent le patrimoine de toute une vie, cette incertitude n’est pas un simple problème administratif. C’est une question de justice, de gouvernance et de confiance envers l’État.

 

 

 

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